Patrimoine sidérurgique traditionnel en Centrafrique
Anthropologue, Professeur, Centre d'Etudes des Mondes africains (CEMAf Aix, UMR 8171), Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, Aix-en-Provence, France.
Résumé :
L’espace de la République Centrafricaine est caractérisé par la diversité des dispositifs de production métallurgique et de culture matérielle d’objets métalliques depuis des périodes anciennes dont les chronologies commencent à être clairement établies. Certains de ces objets, les couteaux de jet par exemple, étaient représentés avec une étonnante densité au début de notre ère. La qualité technique et esthétique des objets centrafricains étaient reconnus bien avant les contacts avec les colonisateurs comme en témoigne le récit de voyage d’Ibn Umar El-Tounsy vers 1810 dans le Nord-Est de l’actuelle RCA. Ces mêmes objets ont suscité l’intérêt des premiers voyageurs et des collectionneurs européens, dès la fin du XIXe siècle. Ces objets posent donc aujourd’hui une question de patrimoine dont la pertinence dépasse les frontières du pays. Comme il n’y a pas d’objet de fer sans sidérurgie, la réflexion qui est développée dans cette étude, se développe sur le terrain de l’anthropologie des techniques métallurgiques, en particulier celle des fours de réduction du minerai de fer. Avec une perspective de technologie comparée, il apparaît que l’originalité de certaines techniques centrafricaines de fonderie ou réduction mérite d’être enregistrée et interrogée d’un point de vue patrimonial. C’est particulièrement le cas des procédés utilisés en milieu Gbaya.


Le patrimoine est abordé de deux points de vue distincts avec une problématique de confrontation et de convergence. Le patrimoine concerne tout d’abord l’ensemble des faits culturels du point de vue de l’intérêt collectif réel ou potentiel. A ce titre, par sa richesse de formes et la longue durée de son existence, de l’antiquité jusqu’au XXème siècle, la métallurgie du fer représente l’un des dépôts de l’histoire, des valeurs de diversité et de l’identité culturelle centrafricaine. Le patrimoine s’exprime, par ailleurs, par la transmission de la culture et par la constitution de la mémoire collective dont les acteurs contemporains de ce secteur d’activité artisanale sont porteurs et dépositaires.
Ces études ont eu pour objectif de fournir par une base de données documentaires, de relever par des enquêtes de terrain et de confronter avec les ressources théoriques actuelles les patrimoines de la métallurgie du fer dans des milieux sociaux contrastés de Centrafrique. L’un est situé dans l’Ouest centrafricain, plus précisément dans les aires de peuplement Gbaya, préfecture de la Nana Mambere ; l’autre est situé dans plusieurs quartiers de la capitale centrafricaine, Bangui, avec des forgerons d’origine diverse. La première étude a visé à mobiliser les savoirs ethnographiques et archéologiques cumulés de diverses observations et restitutions (Tessmann, 1928 ; Vidal, 1972 ; Monino, 1983) en procédant à de nouvelles vérifications. L’interprétation des données a été réexaminée en fonction des théories actuelles de la métallurgie africaine et d’enquêtes sur la mémoire de la métallurgie. La seconde étude rassemble des données d’enquêtes originales sur les savoir-faire et la mémoire métallurgique en milieu urbain. Les deux contextes de recherche sur le patrimoine de la culture matérielle métallurgique sont inscrits dans la modernité sociale et économique.
 

Un patrimoine dispersé de culture matérielle

Il est assez habituel d’aborder la culture matérielle en s’intéressant tout d’abord aux objets. L’intérêt pour les objets africains est ancien. Les premiers européens qui ont abordé l’espace centrafricain ont été des collecteurs de couteaux de jet et de harpes[1]. L’intérêt que peuvent susciter les objets de métal est animé de motivations variables. Il est souvent limité à des cercles de spécialistes ou d’amateurs et conduit assez rarement à une réflexion d’ensemble permettant de mesurer l’importance du patrimoine culturel qu’ils représentent, très rarement de mesurer l’intérêt d’un patrimoine de la métallurgie du fer.
L’ensemble des sociétés centrafricaines a, dans le passé, et jusqu’au milieu du XXème siècle pour certaines d’entre elles, produit du métal et fabriqué des objets et équipements en fer, répondant à un large éventail de besoins techniques, économiques et sociaux pour l’agriculture, la chasse, la pêche, autrefois la guerre, ainsi que pour de nombreuses activités domestiques (instruments culinaires par exemple) et festives (instruments de musique), sans oublier les monnaies de fer qui circulaient et servaient aux échanges dans l’ensemble du pays. Le travail du fer s’inscrivait dans un contexte social et culturel riche et complexe, la technique étant étroitement associée au symbolisme et au rituel. Comme le note l’ethno-archéologue centrafricain Félix Yandia : « (le fer) symbolise une tradition culturelle bien assimilée pour demeurer entière dans les mémoires et les mentalités, puisque le processus rituel qui accompagnait sa production reste encore présent dans les souvenirs des anciens » (1995 : 111).
Certains observateurs ont, dès le XIXème siècle, relevé l’importance d’un patrimoine d’objets de métal en Centrafrique. Le témoignage le plus ancien se rapportant à l’activité métallurgique en Centrafrique est dû au voyageur tunisien Ibn Umar El-Tounsy, datant de la seconde décennie du XIXème siècle[2]. Dans son ouvrage « Voyage au Ouaday », publié en traduction française en 1851, Ibn Umar El-Tounsy, fait une description de l’État du Ouadday et de ses marches méridionales. Ayant accompagné une expédition esclavagiste dans la région appelée à cette époque Dar Fertit, il livre des informations et des analyses sur les populations du nord de la Centrafrique et sur leurs activités. L’ancien Dar Fertit s’étend approximativement du Sud de l’actuelle province de la Vakaga, de Ouada-Djallé, jusqu’au Bahr el Ghazal. L’une de ces observations concerne l’activité métallurgique. El-Tounsy relève l’excellence de ces populations dans la fabrication d’objets en fer, en particulier les armes. Les états du Darfour, du Ouadaï et du Baguirmi qui disposaient de puissantes armées, se fournissaient en armes auprès des métallurgistes du Fertit. « La fabrication des armes à partir du minerai de fer abondant dans la région (…) constitue une spécialité du pays Fertit ».
Le témoignage de El-Tounsy peut être croisé avec celui de Georg Schweinfürth qui séjourna dans le Fertit oriental et le Bahr el Ghazal en 1869, avant de se diriger vers les pays Zande et les frontières de la Centrafrique. D’une grande précision sa cartographie de la région a été reproduite jusqu’à la fin du XIXème siècle. La description ethnographique de Schweinfürth accorde une importance particulière à la production métallurgique de certaines populations de cette région, comme les Bongo dont il affirme, à l’instar d’El Tounsy, qu’ils « font divers articles qui soutiendraient la comparaison avec les œuvres des ouvriers anglais » (1875 : 267).
Quelles étaient ces populations au début du XIXème siècle ? La difficulté d’identification vient de ce que cette région est actuellement inhabitée ? Cette région a été désertée par toutes les populations qui l’occupaient en raison des razzias esclavagistes puis des opérations militaires de Rabah et de Senoussi sultan du Dar-Kouti durant le dernier quart du XIXème siècle. Sous le nom générique de Fertit utilisé à cette époque par les gens du Darfour, El-Tounsy désigne des populations non-musulmanes qui occupaient autrefois ce territoire ainsi que les provinces méridionales du Soudan jusqu’au Bahr El Ghazal.
Une autre dénomination générique a été utilisée pour désigner ces populations jusqu’au début du XXème siècle : Kreich. Dérivé de l’arabe dialectal tchadien Kirdi[3], Kreich était en usage pour désigner plusieurs populations dont ils semblent qu’elles aient fourni des apports de peuplements aux Banda et aux Gbaya. Les Kreich comprenaient aussi des groupes résiduels aujourd’hui disparus de Centrafrique.
Les observations d’El-Tounsy portant sur le niveau de spécialisation métallurgique de cette région sont d’une importance majeure. Il indique que l’armée du Darfour s’y fournissait en armements et divers équipements métalliques. Dessins à l’appui, El-Tounsy fait la description de ces armes : bendaouy, lances provenant du pays banda, karaouy, lances fabriquées par les Kara, goulaouy, javelines forgées par les Goula, kirdaouy, poignards kirdi portés au-dessus du coude. Il déclare son admiration pour « l’adresse vraiment merveilleuse (que les artisans de ces régions) déploient dans la fabrication de certains objets et leur donnent un fini qu’on dirait être l’ouvrage d’habiles artisans européens. Ils fabriquent aussi avec une habileté pour ainsi dire anglaise, les couteaux-poignards qu’on porte appliqués contre le bras au-dessus du coude et aussi des fers et des hampes de lance » (1851 : 277).
La qualité de fabrication des artisans Fertit s’observe sur d’autres objets que les armes, ainsi « les findjan ou tuyaux de pipe en fer dont le travail était d'une pureté et d’une beauté surprenantes. On eût cru voir un produit d'industrie européenne. Les tuyaux ou tiges de pipes sont en fer pur et n'ont guère qu'un empan de longueur. La noix ou le lulé de la pipe est en terre cuite et est parée de fils ou de petits rubans de fer. Les tiges sont courbées et serpentées comme certaines pipes européennes, mais elles sont plus élégantes, plus gracieuses et elles ont un poli si net et si brillant qu'elles semblent être de l'argent le plus pur et le plus éclatant. Il en est de même des bracelets et des brassières qu'ils fabriquent également en fer. Les brassières sont des bracelets qui se portent au-dessus du coude » (1851 : 278).
La « technologie » africaine est souvent niée ou dévalorisée alors que de grandes quantités d’objets africains destinés à l’usage utilitaire courant, à la guerre, aux rites ou à l’apparat ont été collectés pour les musées ethnographiques d’Europe et d’Amérique. La situation de la République Centrafricaine est exemplaire d’une inquiétante situation de déperdition d’objets et de savoirs. Lors des « premiers contacts », les armes ont prioritairement retenu l’attention des européens. Cette région qui resta longtemps l’une des plus mal connues d’Afrique, ultime terra incognita, a cependant très tôt été réputée pour l’excellence des armes qui en étaient originaires.
Parmi ces objets, ce sont les armes de jet, expressives de sauvagerie, qui ont suscité l’engouement des voyageurs, des missionnaires, des militaires et des administrateurs européens. La richesse quasi inépuisable des formes entrait en adéquation avec un imaginaire de la violence que l’on trouve à l’œuvre sur d’autres terrains de « l’art primitif » : la statuaire, les masques, les parures corporelles. Notons au passage que ce ne sont pas les mêmes armes qui intéressaient les voyageurs arabes comme El-Tounsy ou les mandataires des royaumes conquérants de la région. Cette profonde différence de regards portés sur les armes d’Afrique centrale exigerait des commentaires anthropologiques qui ne sauraient trouver de place dans ce rapport.
Les couteaux de jet ont fait l’objet de nombreuses collectes plus ou moins systématiques par des voyageurs ou résidents européens qu’ils soient allemands, britanniques, belges ou français entre 1860 et la première guerre mondiale. Pour la Centrafrique comme pour le Soudan et la République Démocratique du Congo, les premières collections ont été constituées et transférées en Europe dès la fin du XIXème siècle. Nous avons plus particulièrement étudié les objets réunis dans une collection léguée par Jean Dybowski, agent du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris qui fournit, dans son livre « La route du Tchad : du Loango au Chari » (1893), d’abondants commentaires rédigés avec la précision d’un naturaliste.
 


Planche 1 : « Armes de l’Oubangui ». Extrait de l’ouvrage de J. Dybowski, 1893, La route du Tchad : du Loango au Chari

 
Les armes de jet constituent les principaux témoins d’excellence des industries métallurgiques centrafricaines à la fin du XIXème siècle. B. Simiti étudiant les archives des premiers contacts dans le Sud-Est de la Centrafrique entre 1884 et 1894 met en évidence la redoutable efficacité des couteaux de jets dans les combats entre les Ngbougou et les tirailleurs sénégalais au cours d’opérations de « pacification »[4]. Plusieurs collections de couteaux de jets aujourd’hui propriétés de musées européens ont été constituées dès cette période. Les objets centrafricains, tout particulièrement les objets de métal, des collections du Musée de l’Homme, à Paris, proviennent de la mission Dybowski de 1892 et de la mission Oubangui-Chari - Lac Tchad de 1904. Des donations ou des legs proviennent de collections réunies par Savorgnan de Brazza et par l’administrateur Clozel[5]. En comparant les documents publiés sous forme d’ouvrages par les auteurs de ces collectes avec les collections données ou léguées aux musées, on mesure l’ampleur de la déperdition d’objets de valeur d’origine centrafricaine. La collection d’armes de Centrafrique de J. Dybowski, constituée lors de son expédition à travers le territoire centrafricain, en 1892, en est l’exemple le plus remarquable. La série cédée au Musée de l’Homme ne comprend que quelques pièces d’intérêt et de valeur secondaires. Les pièces les plus remarquables de la collection ont été vendues et dispersées. Elles sont aujourd’hui introuvables.
 

Planche 2 : « Armes de l’Oubangui et du Congo ». Extrait de l’ouvrage de J. Dybowski, 1893, La route du Tchad : du Loango au Chari.

Des collections publiques et privées se sont donc constituées au XXème siècle. Elles ont donné lieu à des études spécialisées. Les études comparatives sur les armes de jet sont relativement nombreuses (Thomas, 1925 : Robinson, 1935 etc.). A partir de critères exclusifs de forme et de style, ces essais de classification ont fourni des références pour l’identification et l’évaluation actuelles des objets. L’exemple des couteaux de jet illustre, autant que celui des statues et des masques, l’étroit rapport entre la valeur marchande de l’art africain et la recherche de modèles stylistiques. Ces armes qui sont aujourd’hui classées dans la catégorie des objets d’art sont présentées par de grandes expositions spécialisées[6]. Les sites internet qui leur sont consacrés sont nombreux. L’engouement des « collectionneurs » pour les « couteaux de jet » d’Afrique centrale est aujourd’hui considérable. Le commerce des fers centrafricain a repris au cours des 10 dernières années grâce à la multiplication des fouilles effectuées sur d’anciens sites d’habitat abandonnés à l’époque des déplacements forcés de population. De nombreuses découvertes d’objets sont aussi réalisées dans les trous miniers des régions d’exploitation diamantifère et aurifère.
Les objets n’ont aucune signification en eux-mêmes. Ils ne sont que les signes matériels d’une culture vivante à travers la connaissance que nous pouvons avoir des activités et des usages. Notre démarche consiste donc à aller du matériel vers l’immatériel, c’est à dire le savoir-faire et sa transmission. Les artisans ou les artistes qui ont fabriqué ces objets n’ont jamais fait l’objet d’intérêt de la part des observateurs et des collecteurs. Les fiches d’entrée des objets dans les collections européennes sont peu documentées en ce qui concerne leur origine, leurs usages et significations. Elles ne mentionnent le plus souvent que des noms d’ethnies, d’ailleurs souvent conjecturales. Jamais ne sont portées d’informations sur les localités ni sur les ateliers et les artisans dans lesquels ces objets étaient fabriqués. Le marché informel des objets renforce aujourd’hui cette tendance à la dissimulation d’information sur les localités dans lesquels ils ont été découverts. Il est donc difficile d’avoir des informations sur les localités et les ateliers dans lesquels ont été fabriqués les objets.
Les techniques qui représentent le patrimoine de la créativité locale et nationale dans la longue durée historique sont pour la plupart méconnues ou très sommairement documentées. Certains des objets plus représentatifs de ce patrimoine sont dispersés et inaccessibles dans des fonds publics et privés hors d’Afrique. Leur origine centrafricaine peut avoir été effacée. L’un des principaux objectifs de ces recherches sur la métallurgie du fer est, comme on y reviendra dans les recommandations, de mener une étude spécifique sur la reconstitution de ce patrimoine d’objets avec une base exhaustive de données sur les objets par l’intermédiaire d’une identification précise des styles et des factures, ainsi que sur les savoir-faire des fabricants.
Au XXe siècle, certaines des techniques les plus caractéristiques des cultures centrafricaines ont régressé ou disparu. La plupart d’entre elles n’ont fait l’objet d’aucun enregistrement durant la période coloniale. Certaines cultures matérielles ne subsistent que dans les mémoires et les traditions orales de groupes d’artisans. La valorisation, la préservation ou la réappropriation de ce patrimoine d’objets exige à la fois une synthèse des objets dispersés et une réflexion sur l’art et les savoir-faire des fabricants. Cette recherche concerne les métallurgistes qui fournissaient les métaux (fers ordinaires et aciers) et les forgerons qui détenaient la connaissance des formes, des types et procédés de fabrication des objets. Tout autant que les objets dont ils sont indissociables, ces savoirs techniques sont expressifs de l’identité culturelle locale ou régionale. Sur un autre plan, ils sont porteurs de valeurs d’exemplarité emblématique sur lesquelles se fonde le patrimoine d’intérêt public ou national. La spécificité centrafricaine de certaines de ces techniques doit être mise en évidence dans la perspective d’une reconnaissance et d’une valorisation patrimoniales.
 

La métallurgie du fer : une dynamique de longue durée

La métallurgie du fer est un artisanat ancien en Afrique Centrale, aire dans laquelle l’âge du fer associé à l’émergence d’une proto-agriculture et de la céramique entre 3000 et 2000 BP des hautes terres occidentales du Cameroun, à la vallée de l’Ogooué au Gabon, au Mayombé congolais, au Bas-Congo et au Shaba (RDC), en Angola, Guinée Equatoriale, au Rwanda et au Burundi. La République Centrafricaine s’inscrit au cœur de cet espace et de cette chronologie. Depuis une vingtaine d’années, les recherches menées sous l’égide du CURDHACA[7] sur la métallurgie du fer en République Centrafricaine ont fourni d’importants résultats permettant de situer les aires géographiques et les principales périodes historiques de cette activité. Les datations existantes situent à 2900 BP dans le Nord-Ouest du pays, sur le site de Gbagiri, et 2800 BP dans le Nord-Est avec l’abri-sous-roche d’Ogrotoulou vérifient l’existence de cet artisanat dans le nord du pays au premier millénaire av. J.C.. Les récentes datations faites sur les matériaux métalliques dans des structures de foyer et de fosses du site d’Obwi, près de Bouar, révèlent l’existence de la métallurgie du fer dans l’Ouest du pays au milieu du 2ème millénaire av. J.C. (Zangato, 2007) à la même période, voire plus anciennement, qu’au Cameroun sur le site d’Oliga (Essomba, 2002).
La sidérurgie s’est diffusée et intensifiée à partir du Vème siècle de notre ère avant de se généraliser dans tout le pays en fonction de la densité du peuplement, de l’implantation de métallurgistes et de l’accroissement des échanges commerciaux (Gotilogue, 2000 ; Moga, 2004 ; Simiti, 2004). Les couteaux de jet sont des produits si emblématiques de cette spécialisation artisanale et des sociétés qui ont favorisé son développement qu’ils sont gravés dans plusieurs sites rupestres centrafricains du Nord à l’Est du pays (Dampierre, 1967 ; Bayle de Hermens, 1975 ; Zangato, 1984 ; Nangbanda, 1988, Ngouamene, 1996 ; Komboro-Ngbale, 1998). Ainsi, la connaissance de la technologie de la réduction, de la production de diverses qualités de métal, de la forge et de la soudure, s’est à la fois généralisée et diversifiée depuis plus d’un millénaire. La situation de la Centrafrique est définissable comme celle d’un « carrefour culturel »[8] dans la géographie ancienne et moderne de la métallurgie du fer.
L’étude comparative entre les métallurgies de l’ensemble de l'Afrique centrale permet de formuler des hypothèses sur les variantes, les choix et les parentés technologiques entre les techniques centrafricaines, celles du Nord-Cameroun, du sud du Tchad et du Soudan. Par parenté technologique, nous entendons l’existence de formules techniques homologues ou dérivables les unes des autres dans les domaines de la fonderie ou de la forge. L’inclusion des techniques dans des catégories homologues ou dérivées dans un cadre géographique déterminé n’est possible que sur la base d’une circulation des savoirs, des objets, des produits et des hommes. Comment des techniques ont-elles pu être transplantées ou empruntées ? Dans quel sens se sont effectuées les diffusions de savoirs techniques ? Quelles transformations sociales sont associées à ces transferts de technologies précoloniales ? Peut-on identifier les dynamiques de patrimoines propres aux technologies métallurgiques de l’espace centrafricain?
La métallurgie du fer illustre l’existence d’un patrimoine de longue durée et de large échelle spatiale dans les sociétés de l’Afrique centrale. C’est l’une des meilleures illustrations des échanges et de la situation d’interculturalité qui ont modelé à long terme les sociétés africaines. Avec des activités exigeant des ressources humaines et des moyens techniques pour le travail des minerais, de la réduction (fonderie) puis de la forge, la métallurgie du fer ne saurait se développer que dans des sociétés complexes, stratifiées et ouvertes sur les échanges humains et économiques.
La répartition des types de fours utilisés pour la transformation du minerai de fer en métal fournit des indications sur l’ampleur des échanges culturels au sein de l’espace centrafricain actuel comme avec les espaces circumvoisins. Le territoire centrafricain apparaît ainsi divisé en plusieurs aires. Au Nord, dans les provinces de l’Ouham-Pendé, l’Ouham, Gribingui, Bamingui Bangoran, Hte Poko et Vakaga prédominent les fours à induction (ou à tirage naturel sans soufflets) qui, disposés en batteries, témoignent de capacités de production intensive. A ce dispositif sont associées des techniques de raffinage comme celles qui ont été mises à jour en contexte archéologique par Félix Yandia (2001).
Dans la moitié sud du pays, se répartissent de nombreux types de fours ventilés par des soufflets dans les pays Gbaya, Ndri et Yakoma. Pour comprendre leurs procédés d’utilisation, leurs formes et leurs structures, ces équipements doivent être comparés entre eux mais aussi avec ceux du Nord Cameroun (Mts Mandara), du Tchad (bassin du Chari), du Soudan et du Nord de la République Démocratique du Congo. Les soufflets sont de conception différente selon les régions de Centrafrique, qu’ils soient utilisés pour les fourneaux ou à la forge. A l’ouest, il s’agit de soufflets à pots de terre ou de bois alors qu’à l’est il s’agit de soufflets à pistons caractéristiques de l'Afrique centrale. Le Nord du pays ne connaît que les soufflets à outre des forgerons des aires soudano-sahéliennes. Par leurs formes et leurs profils, les outils de forge (masses, marteaux, burins, pinces, enclumes) présentent, en contexte rural, de notables caractères de diversité. Ces traits distinctifs ne prennent aussi de sens que s’ils sont situés et définis en termes de variation, dans de larges ensembles culturels en Afrique centrale (E. Maquet, 1965).
Le patrimoine métallurgique se caractérise par une large diversité de techniques locales (Monino, 1983). Mais cette diversité s’exprime sur un fond ou substrat de parentés technologiques dans l’espace centrafricain ainsi que, plus largement, en Afrique centrale. Les critères d’originalité des métallurgies centrafricaines se manifestent par des choix techniques ainsi que par des facteurs esthétiques, stylistiques et symboliques propres à chaque société. Des arguments de recherche qui ont été déployés dans l’étude des métallurgies d’autres parties de l'Afrique sub-saharienne trouvent leur pleine pertinence sur le terrain centrafricain. Ainsi, les formes des fourneaux, les outillages, les savoir-faire, les valeurs sociales, les significations symboliques et rituelles des techniques métallurgiques sont d’une grande pertinence lorsqu’ils sont mises en relation avec les systèmes de croyances et de représentations propres à chaque culture centrafricaine. La métallurgie en tant qu’élément totalisant de la culture matérielle illustre l’originalité et la diversité des cultures Gbaya, Banda, Sara, Ngbaka ou Yakoma dont l’ensemble constitue un patrimoine commun contemporain de l’ensemble centrafricain.
 
 

Carte 1 : sites métallurgiques de Centrafrique.

 

Carte 2 : Quelques types de fours métallurgiques de Centrafrique (XIXème-XXème s.). Sources Tessmann, Vidal, Monino, Yandia, Gotilogue & Lanfranchi.

 
 
Il est regrettable que la plupart des auteurs qui se sont jusqu’ici intéressés aux techniques métallurgiques traditionnelles de Centrafrique aient négligé l’importance de la dimension comparative du patrimoine. Il est impossible d’identifier un patrimoine sans application d’un comparatisme à la fois systématique et raisonné. Cette approche permet de mesurer les phénomènes de circulation et d’échange qui conditionnent l’existence et l’essor de la métallurgie du fer. Les filiations techniques et culturelles se fondent sur une circulation de savoirs techniques et des spécialistes, qui échappe en général à tout enregistrement historique. Ces mobilités et circulations de savoir-faire du passé sont homologues à celles du présent. La seconde partie de cette étude en apporte des illustrations exemplaires. Ces échanges se fondent sur une trame d’échanges distincts des processus de peuplement ou de migration enregistrés par les récits d’histoire orale. Ils sont essentiellement guidés par la recherche des savoir-faire. C’est ainsi que certains faits interrogent la recherche actuelle. Pourquoi les anciens équipements de fonderie des métallurgistes Yakoma, qui ne nous sont connus que par des documents photographiques (Tanghe, 1929), présentent-ils des homologies significatives de structure avec certaines installations du Nord Cameroun, bien qu’il ne s’agisse pas de territoires jointifs et que nous ne disposions pas de traditions de contacts historiques ? Faute de recherches transversales suffisantes, l’observateur est jusqu’ici réduit au constat.
S’agissant de la métallurgie et de la forge, la spécificité des faits centrafricains s’exprime dans un contexte d’échanges culturels intenses au cœur de l’Afrique centrale. La spécificité locale ou régionale de techniques artisanales et d’objets aux formes, usages et styles particuliers aux milieux Gbaya, Banda, Mandja ou Zande, ne peut se comprendre sans une large base de comparaison. Elle ne prend prendre sa pleine signification patrimoniale que par une confrontation prenant en compte les cultures matérielles des pays voisins (Cameroun, Congo ou Tchad). L’exigence de comparaisons et d’interprétations à des échelles multiples est essentielle à la compréhension de l’espace culturel de la métallurgie pour les diverses périodes du passé, comme pour le présent.
 

L’espace culturel de la métallurgie du fer en Centrafrique

En matière de patrimoine africain, il importe de connaître la situation qui prévalait au début du XXème siècle non seulement parce que c’est le début de la période coloniale, mais aussi parce qu’il s’agit d’un limite de la mémoire vécue, qu’elle soit orale ou écrite. Les sources d’archive doivent être examinées avec un sens critique car elles sont conditionnées par la situation administrative et économique de l’époque, ainsi que parce qu’elles comportent des erreurs en matière d’identification des populations locales et de technologie. La recherche documentaire réalisée dans le cadre du présent programme a permis de restituer quelques données de connaissance sur la situation de l’artisanat métallurgique entre les premiers contacts (années 1890) et la guerre de 1914-1918 qui marqua la régression puis la disparition de la métallurgie du fer dans la plupart des régions de Centrafrique.

Dans les régions riveraines de l’Oubangui

Les premiers européens qui s’installèrent dans l’actuel territoire de la République Centrafricaine et plus particulièrement à Bangui, ville officiellement fondée en 1889 par l’administrateur français Albert Dolisie, ont signalé l’existence de la métallurgie dans la plupart des sociétés riveraines de l’Oubangui. Ces sociétés sont les premières à avoir fait l’objet d’observations à l’exception des fines notations de l’explorateur allemand Georg Schweinfürth venu du Soudan par le Bahr el Ghazal. Ses observations portent sur les sociétés Zande et voisines, du Sud-Soudan, de l’Est de la Centrafrique et du Congo, vingt ans plus tôt, en 1870[9]. L’ensemble des observations effectuées entre 1890 et 1914 indiquent qu’à partir de centres de production d’importance variable, en raison de la proximité de sites miniers, de la disponibilité de main d’œuvre et de réseaux de marché et de voies commerciales, cet artisanat fournissait en outils aratoires et en armes les populations locales et possédait dans certains cas un rayonnement régional. C’est au sein de ces centres que certains artisans développèrent une excellence dans la fabrication d’objets d’apparats prisés par les souverains et les commerçants arabes.
Mgr Augouard dans le compte-rendu de sa première venue à Bangui en 1893 notait : "L'industrie métallurgique est très développée... Les villages fabriquent d'énormes quantités de charbon, pour alimenter leur haut-fourneau ... Les roches de la rive renferment du carbonate que les indigènes savent mettre à profit... Ils brisent les roches par petits fragments ( ... ) , remplissent les creusets de terre réfractaire (….) enterrent leurs creusets à un mètre environ de profondeur et activent la combustion du charbon par le moyen de é à 8 paires de soufflets( ... ) au bout de 10 à 12 heures de travail, le métal en fusion est écoulé en petits lingots échangés contre d'autres produits ou utilisés pour fabriquer des armes... Le métal est d'une grande pureté et malléabilité"[10].
P. Brunache mentionne dès 1894 les Ngbaka Ngombé « dont la réputation comme forgerons est établie dans tout l'Oubangui [...] Ils traitent le minerai de fer par la méthode catalane, souvent même le client apporte le fer tout prêt ». Il note que le client peut lui-même actionner les soufflets qui sont des marmites recouvertes de peau que l'on élève et abaisse en cadence. L'artisan est payé en « poules, chèvres ou morceaux de viande d'éléphant. « Quelquefois le forgeron embarque dans sa pirogue son outillage primitif, sa famille et ses ustensiles de pêche pour aller de village en village exercer son industrie tandis que sa femme et ses enfants iront pêcher » (1894 : 59-60). La spécialisation des artisans Ngombé n’est pas exceptionnelle. D’autres observateurs mentionnent les Ndri, les Banziri comme d’excellents métallurgistes. Près du village Saka, Maistre observe « une série de puits profonds de quatre à cinq mètres et communiquant entre eux [ ...] par des souterrains, ces puits de un mètre de diamètre environ, creusés dans un sol argileux rouge foncé qui contient beau-coup de fer [livrent] le minerai de fer qu'ils travaillent dans tous les villages ». Les pointes de flèches à barbelures donnent une idée de l'adresse des forgerons (Maistre, 1895 : 59).
Des observations homologues ont été faites sur les Gbanziri par l’administrateur Gustave Dubois qui séjourna de 1904 à 1908 en Centrafrique et leur consacra une monographie inédite. Les Gbanziri forment une société riveraine de l’Oubangui mais partagent avec d’autres sociétés centrafricaines une mythologie d’origine orientale. Ils sont actuellement situés en amont de Bangui, entre Kouango à Mobaye. Dubois indique que les Gbanziri qui possédaient une grande réputation métallurgique l’ont perdue à la suite de leur dispersion et de leur transfert vers leur habitat actuel au milieu du XIXème siècle.
« Avant leur exode de Bakara, le principal des travaux manuels auquel s’adonnaient les Banziri était le travail du fer, extrait sur place des minerais, fondu puis forgé. Cette industrie qui leur a valu jadis une supériorité sur les populations voisines est tombée complètement en désuétude depuis que l’exode les a dispersés. Rien ne subsiste plus des anciennes fonderies et forges de Bakara, si ce n’est le souvenir de quelques ferrailles qui en proviennent : armes, outils, monnaies d’échange, parures. Le Banziri moderne achète ailleurs le fer travaillé dont il a besoin. Il s’approvisionne en fer de houe et d’outils chez les Languassi[11], en armes chez les Yakoma du Haut-Oubangui et les Bandjia de l’État indépendant » (1908 : 34)[12].
G. Bruel signale que les Mandja et les Yakoma savent extraire le fer du minerai. Ce minerai s'extrait quelquefois en carrière, mais plus par des puits qui atteignent plusieurs mètres de profondeur et communiquent par de galeries, formant de vastes niches souterraines (1932 : 246).
« Le Haut‑fourneau indigène a en général les dimensions suivantes : hauteur au-dessus du sol : 1 m 60, la cuvette pénétrant sous la terre de 80 cm et se raccordant par une tranchée avec le sol extérieur. Le corps du haut‑foumeau, construit le plus souvent en argile de termitière est tronconique... À la base, il existe de 6 à 8 évents permettant le passage de tuyères d'argile au moyen desquels on active la combustion. À chaque opération, on traite environ 150 kg de minerai que l'on dispose en couches alternées avec du charbon de bois. On chauffe durant une vingtaine d'heures " (Bruel 1932 : 246‑247).
J.Maes (1930 : 68-101) qui traite de la métallurgie chez les populations du lac Léopold au nord du Zaïre, en particulier les Ngbandi, expose les procédés d'extraction et de transformation des minerais. L'auteur insiste sur les aspects sociaux et technologiques des procédés d'extraction et de fonte. Dans le nord-est du Zaïre, le haut-fourneau était fait en argile et entoures de lianes. Le haut-fourneau était placé sous un abri fermé de tous côtés, avec une seule porte pour pénétrer. Le fourneau était plus large à la base qu’au sommet. Sa hauteur était d’environ 2,50 m. Le trou servant de fosse était ovale et mesurait 70 centimètres sur 40 cm. Le four se terminait au bas par un orifice de 30 sur 20 cm par où était évacué le fer. L’opération de fonte durait généralement une journée ou une nuit entière. Elle était effectuée en coopération villageoise. Maes note un fait social que l’on retrouvera dans plusieurs sociétés centrafricaines et d’Afrique centrale : la séparation entre fondeurs métallurgistes (qui sont des agriculteurs artisans saisonniers) et forgerons (qui fabriquent des objets avec le métal fourni par les villageois). Les Yakoma / Ngbandi utilisent ainsi deux termes pour désigner l’homme qui pratique le travail du fer : mengo mwa (celui qui le fer, le métallurgiste) ou wa (mengo) tùrù (celui qui frappe la forge, le forgeron proprement dit).
 

Planche 3 : Système de réduction des métallurgistes Yakoma (Tanghe, 1928)

 
Dans son texte sur l'Afrique centrale, H.Bobichon (1938 : 4) indique que la spécialité des Yakoma était le travail du fer et du cuivre qu'ils extrayaient partout dans leur pays. Pierre Kalck indique qu’au XIXème siècle « les Yakoma formaient une forte nation. Avec le minerai de leurs mines de l’Ouellé, ils fabriquaient une monnaie de fer, acceptée sur une grande partie du territoire centrafricain actuel et nommée guinza (ce terme signifie encore dans la langue véhiculaire sango, monnaie, argent) » (1974 : 63). Grâce à des sources iconographiques anciennes, il est possible d’identifier cette technologie métallurgique Yakoma (Tanghe, 1928) en ce qui concerne tout au moins les fours de réduction et certains équipements de forge. Le minerai était fondu dans des hauts-fourneaux à soufflerie. Les soufflets étaient à pistons comme ceux de la région des grands lacs et de l'Afrique centrale orientale. L’originalité est que ces soufflets étaient placés au-dessus du four. Deux aides forgerons alimentaient ainsi le four d’air comprimé par une tuyère verticale. Ce type n’est connu que dans une seule autre région de l'Afrique : les Mts Mandara du Nord-Cameroun mais avec des soufflets de type différent. Dans la région de Ouango, le travail de la forge demeure aujourd’hui important. Comme autrefois, les artisans Yakoma partagent leur temps entre la pêche, le travail agricole et le travail de forge. Ils sont dépositaires d’un patrimoine particulier de fabrication d’armes de jet (harpons) utilisées pour la pêche. Nous verrons que certains forgerons non-Yakoma de Bangui, y sont allés compléter leur connaissances pour effectuer cette fabrication dans la capitale.
Nous devons à la thèse d’anthropologie de Daniel Zigba (1995) une réflexion essentielle sur l’espace social et culturel du commerce Oubanguien aux XIXème et XXème siècles. Les productions métallurgiques des sociétés Banziri, Ngbandi orientaux et Yakoma, pour la période allant de 1890 à la guerre de 1914-1918, sont inscrites dans un vaste espace d’échanges et de circulation de produits manufacturés. L’une des idées maîtresses de l’étude de D. Zigba est qu’au XIXe siècle, les sociétés riveraines pouvaient être considérées comme des sociétes du « centre » géographiquement parlant. Aux extrémités de l’espace des échanges Oubanguien se trouvaient les sociétes Zande, Nzakara, Ngbandi ou Mangbetu, pour la partie nord‑est et sud‑est, et les sociétés Ngbaka du bassin inférieur de l’Oubangui pour la partie ouest, qui assuraient des fonctions d’intermédiaires avec des régions plus éloignées. Certaines de ces sociétés, tels les Zande, Ngbandi et Yakoma entretenaient des échanges de longue distance. Parmi les nombreuses marchandises que les sociétés se communiquaient se trouvaient les métaux (sous forme de barres) et les objets manufacturés destinés à la consommation locale. La métallurgie étaient étroitement associée au commerce afin d’écouler les surplus de production. Comme le montre la planche lithographique ci-dessous datant de 1884, les commerçants Bobangui diffusaient les produits de l’industrie métallurgique oubanguienne tout le long du Moyen-Zaïre. Ces activités témoignent d’un réseau dense de relations entre les sociétés de l’espace centrafricain au XIXème siècle, avant la colonisation. Les techniques de transformation du fer et de fabrication permettant de produire une large diversité d’objets (outils et armes en particulier) pour répondre aux besoins de diverses sociétés. En Centrafrique comme dans toutes les parties de l'Afrique sub-saharienne, la métallurgie du fer ne pouvait en effet se créer et se développer en autarcie. La métallurgie est l’une des technologies qui exige à un haut degré l’échange des savoir-faire et la circulation des hommes entre les centres de fabrication spécialisée, rendant possible emprunts et innovations. Les données enregistrées sur les cultures matérielles du métal caractéristiques des diverses régions de Centrafrique permettent de poser d’importantes hypothèses sur les processus de transferts et d’innovations technologiques.
 
 

Planches 4: épées

 

Dans le centre et le nord de la Centrafrique

 

D’autres régions centrafricaines ont connu de fortes densités d’activités métallurgiques soit pour les besoins locaux soit pour alilmenter des circuits d’échange. Au cours de sa mission J. Dybowski a fait plusieurs observations sur les activités métallurgiques des populations de l’intérieur. En territoire Ngapou, J. Dybowski observe « un haut fourneau d'argile cuite ayant pris l'aspect de la brique. C'est une sorte de cône ayant près d'un mètre de diamètre à la base et qui, bien que brisé, a encore 1,50 m de haut. On a dû y traiter beaucoup de minerai, à en juger par l'excavation qui est faite dans le sol et les quantités de déblais qui sont encore amoncelées, à demi-recouvertes par des herbes » (1893) : 294). Il fournit une description de la métallurgie des Ngapou : « Le minerai est traité par le charbon de bois qui a été éteint dans l'eau et dont on voit souvent d'importantes quantités sécher au soleil. La fonte aciérée qui s'écoule sur le sol est martelée, réduite en lingots puis finalement amenée à l'état de guinja. Les guinja [S. nginzal sont des sortes de pelles en fer qui servent aussi bien de monnaie que de matières premières pour la fabrication de sagaies, de houes, de couteaux » (1893 : 306)[13].
Plus d’un demi-siècle auparavant, le témoignage d’El Tounsy portait déjà sur le niveau de production et les spécialisations métallurgiques des populations du Nord-Est de la Centrafrique, du Dar Runga au Dar Fertit. L’intérêt des informations fournies par El Tounsy vient de ce qu’elles se situent au seuil d’une période de dispersion (milieu du XIXème siècle) et concernent des populations qui se sont déplacées ou ont disparu. Les populations qui n’ont pas disparu à la suite des razzias esclavagistes ont presque totalement déserté la région et se sont déplacées vers le Sud et l’Ouest du fait des opérations menées par les armées de Rabah puis de Mohammed es Senoussi à partir du Velad el Kouti (Bamingui-Bangoran actuel) (Prioul, 1981 : 121 sq.) entre 1875 et 1890. Tels fut le cas de groupes qui se sont assimilés aux Banda, au Mandja et aux Gbaya. Seule l’archéologie est aujourd’hui en mesure de restituer les données relatives à cette ancienne activité métallurgique dans les régions qui furent riches en métallurgie telles que le Bamingui au Nord de Ndele ou la Vakaga et la Haute Kotto autour des gisements de fer de Birao.
Dans le Nord-Ouest de la République Centrafricaine, par contre, en raison d’évènements moins dramatiques et d’une relative stabilité du peuplement, l’activité métallurgique a pu se perpétuer jusqu’au milieu du XXème siècle. Deux régions adjacentes apparaissent comme d’importants foyers de production et de diffusion de la métallurgie. Il s’agit tout d’abord, dans la préfecture de l’Ouham, de la région de Markounda, Bossangoa et Batangafo où plus de 250 sites de réduction exploités par des métallurgistes Gbaya, Sara, Mandja et Banda ont été recensés « 117 se concentrent dans la seule petite vallée de la Mégué à peine 10 km de long » (Gotilogue & Lanfranchi, 1997, 2000).
A l’extrême Nord-Ouest de la République Centrafricaine (préfecture de l’Ouham Pende) autour de la petite ville de Bocaranga, une autre zone d’intensité de la production métallurgique a été identifiée. Quoique ce soit une région soumise aux incursions de chasseurs et marchands d’esclaves fulbe de l’Adamaoua Camerounais, elle est restée une zone d’importante densité humaine. La production métallurgique répondait à l’ensemble des besoins de ces populations. Plus de 200 sites de réduction ont été recensés autour de Bocaranga par Félix Yandia. « Cette profusion d’anciens ateliers témoigne de l’importance que revêtait ce métal dans les cultures anciennes. Les investigations archéologiques ont permis la découverte d’une imposante mine de fer et de plusieurs sites de production du fer dont celui de Lima qui comporte plusieurs ateliers. La bonne conservation d’un aussi grand nombre de fours de réduction du minerai de fer s’explique par le caractère encore récent de la production locale du fer : il y a seulement un peu moins d’un demi-siècle, ces populations produisaient et forgeaient encore leur propre fer » (Yandia, 1995 : 112).
C’est dans cette région septentrionale de l’actuelle République Centrafricaine que C. Prioul (1981) désigne du termes de « seuil Oubangui-Chari », tout le long du bassin du Chari et du Bar Aouk, que se situe la principale zone stratégique de contacts et d’échanges entre les sociétés segmentaires d’agriculteurs métallurgistes et sociétés à États islamisés du Baguirmi, du Ouadaï et du Darfour. Les unes ont, durant les deux siècles précédant la colonisation européenne, fourni aux autres les armes nécessaires à leur expansion, au prix de leur propre assujettissement comme le démontre les graves évènements du dernier quart du XIXème siècle.
Les anciens centres métallurgiques de la moitié Ouest de l’actuelle République Centrafricaine ont conservé un potentiel d’activité jusqu’au milieu du XXème siècle. Ils caractérisent l’histoire et l’organisation des sociétés Sara, Gbaya, Mandja et Banda qui occupent l’Ouham, l’Ouham Pende, la Nana Membere, la Haute Sangha. Des observations ont été effectuées au cours des périodes de premiers contacts dans cette partie du pays. Nous réserverons l’exposé des données dans l’exposé ci-dessous consacré aux métallurgies Gbaya et secondairement Banda et Mandja. Pour l’ensemble de ces sociétés, les ateliers de fonderie et de forge sont les témoins et les vestiges d’une histoire marquée à la fois par l’autonomie et le développement d’économies locales fondées sur le défrichement, la mise en culture, la production de stocks alimentaires, et par l’accroissement des échanges avec des sociétés économiquement complémentaires. Certaines de ces sociétés sont aujourd’hui partagées par les frontières d’États (Gbaya entre Centrafrique et Cameroun ; Sara entre Centrafrique et Tchad). Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire de ces régions, on trouve des réseaux d’échange entre des sociétés de taille et de structures différentes manifestant l’existence d’un espace « international » antérieur à la colonisation.
 
 


Planche 5: Four Gbaya « mbaka » in Lenfant (1908)

 

La métallurgie dans la chaîne des sociétés centrafricaines

Au Nord comme au Sud de la République Centrafricaine, l’ampleur de la métallurgie du fer n’est compréhensible qu’à travers un phénomène spatial et historique de « chaînes de sociétés »[14]. Reprenant la définition avancée par J.L. Amselle (1985 : 34), nous entendons, par cette notion, un continuum de systèmes sociaux de production où les différences s'expriment par variations de proche en proche et par des interactions sociales. La métallurgie fournit l’une des trames spatiales et temporelles de relations entre les sociétés, y compris les relations qui s’exprimaient par la violence militaire. Si l’artisanat métallurgique ne saurait être expliqué sans tenir compte du contexte historique, il présente des caractères de relative autonomie et définit un espace transversal d’activités et d’échanges par rapport aux nombreuses formations politiques segmentaires ou étatiques du Nord comme du Sud de la République Centrafricaine.
La métallurgie du fer apparaît ainsi comme un élément déterminant du système social et économique dans la longue durée des sociétés de l’aire centrafricaine[15]. Elle s’est développée au sein de l’ensemble des sociétés Banda, Sara, Gbaya, Mandja, Nzakara, Yakoma, Ndri, Banziri, Ngbaka pour ne citer que les principales entités ethniques de Centrafrique, malgré les profondes transformations dues aux déplacements de populations. La métallurgie a pu rester en place alors que les populations changeaient profondément de configuration et d’identité. Elle constitue ainsi une trame techno-économique qui, de proche en proche, a traversé l’histoire des sociétés permettant la circulation des savoir-faire, des outils, des systèmes techniques, des hommes et des marchandises.
Au même titre que les rapports politiques, militaires, économiques et religieux, les relations technologiques suscitées par la métallurgie du fer fournissent l’un des mécanismes de formation, de reproduction et d’évolution des socié­tés centrafricaines jusqu’à la période contemporaine. Toute société a besoin de satisfaire à une multiplicité de besoins par la fourniture et l’utilisation d’objets de fer qu’il s’agisse de l’agriculture, la pêche, la chasse, la cuisine, la musique etc. Cette métallurgie du fer qui a contribué à la structuration des sociétés du passé présente la caractéristique d’avoir assumé les mutations techno-économiques qui lui permettent de subsister jusqu’au XXème siècle. Le minerai local ne fournit plus le métal des activités de forge. Il a été remplacé par le métal d’importation puis de récupération mais les traditions de la sidérurgie sont restées vivantes juqu’au milieu XXème siècle. Elles ne sont pas encore sorties des mémoires. Le fait patrimonial existe dans ses dimensions sociales et culturelles. Nous avons pu le constater auprès de forgerons installés depuis plusieurs dizaines d’années à Bangui. Certains ont témoigné de leur participation personnelle aux activités d’extraction du minerai, de réduction du minerai dans les fours ainsi que de leur transformation en objets manufacturés à la forge. Les traditions de la fonderie et de la forge opèrent comme des références vivantes malgré la substitution du métal d’importation et de récupération au métal de production locale. En matière de patrimoine, elles s’adaptent donc aux conditions particulières de connaissance et de pratique, d’expression et de formulation de discours en milieu urbain. Les forgerons de diverses origines qui produisent actuellement dans de nombreux quartiers de la capitale centrafricaine, Bangui, ont constitué un système culturel commun aux multiples sources et références d’origine. Ce système culture des gens du métal et de la forge est transmis et conservé tout en évoluant en fonction de la demande et des besoins. Il reste profondément articulé à des systèmes de connaissances et de valeurs caractéristiques de cette corporation artisanale.
C’est dans cette perspective que se situe l’interrogation patrimoniale de cette étude de culture matérielle sur l’artisanat métallurgique à Bangui. La valorisation patrimoniale concerne non seulement l’intérêt que chaque culture se porte à elle-même mais aussi celui qu’elle est en mesure de porter sur d’autres cultures et civilisations dans une perspective de confrontation dynamique. La métallurgie relève donc aussi d’un patrimoine transculturel qui fonctionne et s’exprime à des échelles multiples de relations sociales. C’est la raison pour laquelle les études ethnographiques ou historiques qui se limitaient à la recherche d’une relation exclusive entre un type de métallurgie et une ethnie se sont avérées de portée et d’enseignement très limités. Quoiqu’elle connaisse une accentuation dans le contexte moderne, la circulation, la confrontation, l’observation, la communication, l’emprunt et l’échange ont marqué toute l’histoire des sociétés de métallurgistes. La métallurgie du fer illustre la manière dont le patrimoine culturel national ou local ne prend son sens que par rapport aux patrimoines des autres groupes connus et, plus largement, à un patrimoine général africain qui lui-même occupe une place et un rang dans le patrimoine mondial ou universel. Chaque patrimoine local se définit ainsi sans le savoir d’un point de vue universel.
 

Patrimoine de savoir-faire métallurgique en milieu Gbaya

 

La reconstitution est l’une des méthodes spécifiques utilisées dans les études de métallurgie. Avec des objectifs scientifiques divers, de nombreuses reconstitutions de métallurgie ont été effectuées au cours des trente dernières années sur les métallurgies africaines au Cameroun (C. Seignobos, 1983 ; N. David & Y. Le Bleis, 1989), au Mali (E. Huysecom, 1996), au Burkina Faso (B. Martinelli, 1987-88), au Malawi (Van der Merwe, 1982 & D. Avery, 1987)), en Tanzanie (D. Avery, 1976) etc. En Centrafrique, les dernières reconstitutions ont été faites il y a trente ans (P. Vidal, 1972 ; Y. Monino, 1977). A cela, une raison essentielle. Dans les régions choisies pour effectuer ces reconstitutions, essentiellement le pays Gbaya, les activités de sidérurgie traditionnelle ont cessé entre 1930 et 1943 selon les localités.
Les données dont nous disposons laissent à penser qu’il aurait été possible d’effectuer des reconstitutions plus tardives (fin des années 1980) dans le Nord du pays (préfecture de l’Ouham entre région Markouda à Batangafo) du fait de l’existence de métallurgistes vivants (Gotilogue & Lanfranchi, 1997 ; Gotilogue, 2000). Ces expériences qui ne peuvent être menées qu’avec les derniers acteurs vivants de la métallurgie, visent à faire des enregistrements exhaustifs de chaînes opératoires de réduction. Elles donnent lieu à des observations ethnographiques ainsi qu’à des enregistrements de données telles que les relevés de températures, les prélèvements de matériaux. Des analyses physico-chimiques et des bilans de matières sont effectués en laboratoire à l’issue des opérations (Dieudonné-Glad, Fluzin & alii, 1999 ; Martinelli, 2002 & 2005).
Dans le cadre de la présente étude, il a été possible de retrouver une partie des documents d’une des dernières reconstitutions effectuées en Centrafrique. Ces documents inédits et anciens (1972) permettent de réfléchir sur la fonction patrimoniale de l’ethnographie et de poser les exigences de restitution des données d’enquête de terrain. A la suite d’investigations effectuées conjointement par les anthropologues Pierre Vidal et Eric de Dampierre en 1970, une reconstitution a été organisée en janvier 1972 par Pierre Vidal avec des forgerons Gbaya Kara, dans le village de Daou situé à environ 30 kilomètres au Nord-Ouest de Bouar. Dans son ouvrage consacré aux initiations chez les Gbaya, publié en 1976, P. Vidal indique sommairement que cette métallurgie du fer n’était plus pratiquée depuis 30 à 40 ans chez les Gbaya. La reconstitution a cependant été réalisée avec des métallurgistes adultes qui travaillèrent sous les directives et les consignes de forgerons très âgés qui avaient eux-mêmes effectué le travail de réduction. La fin de la période d’activité sidérurgique traditionnelle dans cette région est donc à situer vers 1935. Cette information pose la question des limites chronologiques et de la validité de la démarche d’étude par reconstitution. Nous y reviendrons plus loin.
La pertinence de la technologie ne saurait cependant être mise en doute car elle est étayée par des enquêtes orales auprès de métallurgistes qui ont pratiqué cette activité. Les documents de cette reconstitution constituent un témoignage essentiel sur la culture matérielle Gbaya. Ils sont constitués de notes manuscrites partielles inédites, de photographies et de courtes séquences filmées[16]. Cette reconstitution n’a fait l’objet d’aucune publication de Pierre Vidal. Au regard d’importantes interrogations que soulèvent ces données et d’hypothèses non formulées jusqu’ici, il apparaît indispensable, d’en faire une présentation synthétique et de les restituer dans le contexte d’une réflexion actualisée sur le patrimoine métallurgique.
« C’est dans la métallurgie et la poterie que les Gbaya peuvent être qualifiés d’experts » écrit Pierre vidal. « Le métal était recueilli – le fer latéritique et le minerai de fer existant en abondance dans la région de Bouar- puis fondu dans des hauts-fourneaux gbagu du (…). (Le haut-fourneau) de Bouar que l’on peut encore parfois retrouver – le métal n’étant plus fondu ici depuis trente à quarante ans – presque intact dans la savane, était haut d’un peu plus de deux mètres avec un diamètre approchant un mètre. L’ensemble avait la forme d’un large U, la cheminée ayant une trentaine de centimètres de diamètre. Les soufflets se trouvaient dirigés sur l’ouverture de base de la cheminée ; il y en avait trois. Enfin ces fours n’étaient pas détruits après chaque fonte, mais réutilisés en permanence » (1976 : 67). Telle est la seule description publiée par Pierre Vidal à la suite de cette reconstitution.
Quelques années plus tard, Yves Monino a, lui-aussi, réalisé deux reconstitutions en pays Gbaya Bodoe. Elles ont eu lieu dans le village de Ndongue, au Sud de Bouar. Cette reconstitution a fait l’objet d’une publication dans laquelle, l’auteur fait l’exposé de la chaîne opératoire tant du point de vue technique que symbolique. Les reconstitutions de 1972 et 1977, bien qu’elles aient été effectuées sur des fours qui présentent des différences[17], l’iconographie de la reconstitution de 1972 et les informations recueillies au cours de la présente enquête, permettent de restituer le cadre général d’un savoir-faire et d’un patrimoine métallurgique des Gbaya centraux et occidentaux. Mettant l’accent sur les convergences plutôt que sur les différences, nous dégagerons les caractéristiques communes du style opératoire. Le processus de réduction avec le four des Gbaya Kara est illustré par la série photographique ci-dessous. Le four gba gudu des Kara se caractérise par sa structure asymétrique. Il est d’une hauteur d’environ deux mètres de la base du foyer jusqu’au gueulard. Il possède un diamètre d’un mètre à la base. Il est adossé à une plate-forme surélevée et ouvert sur une tranchée de dégagement des matériaux : scories, charbons et métal. Ce four est ventilé par une batterie de trois soufflets à pots de terre recouvert d’une peau de chèvre. Le travail de soufflage est mis en rythme par des musiciens. L’air comprimé par les soufflets est conduit par une unique tuyère vers le centre du foyer. L’originalité de ce four provient de sa structure et du rétrécissement de la colonne supérieure qui sépare la chambre de combustion du conduit dans lequel est stocké le chargement de charbon et de minerai. Ainsi le chauffage du minerai réduit en poudre s’effectue progressivement et la descente de la charge est-elle régulée.
La chaîne opératoire de réduction se déroule durant la nuit[18]. Elle est d’une durée d’environ 6 heures, entre 17 heures et minuit. Les métallurgistes Kara traite le minerai d’une manière particulière. Le minerai est lavé avant d’être pilé et réduit en poudre[19]. Le chargement du minerai et du charbon de bois se fait par le sommet du four en couches alternées. Après l’allumage, les souffleurs se relaient afin d’assurer une combustion continue. Au fur et à mesure de la progression du feu et de la descente du chargement, des recharges de minerai et de charbon sont effectuées. Deux orifices permettent de vérifier le déroulement de la combustion. La couleur de la combustion est surveillée par l’ouverture de la tuyère ainsi qu’on le voit sur la photo n°. Un orifice d’évacuation des gaz est aménagé sur la cheminée afin de connaître le moment où la colonne de charbon est incandescente. Un charbon ardent est placé devant cet orifice en question pour voir s’il se dégage une flamme bleue qui annonce la fin de la réduction. Lorsque le maître fondeur estime que le temps de combustion est suffisant, il enlève la tuyère avec un bâton et détruit la paroi inférieure du four, libérant les matériaux qu’il contient. La loupe apparaît posée sur les charbons de bois incandescents au milieu du foyer.
 
 

Planche 6 : Reconstruction d’un four Gbaya Kara et de son abri, près de Bouar, 1972. Reconstitution P. Vidal, photographies de J.M. Chavy.

 


Planche 7 : Four Gbaya Kara de Bouar. (à gauche) Reconstitution. Croquis de J.M. Chavy 1972 in Y. Monino, 1983. (à droite) Photographie extraite de l’ouvrage de P. Vidal, 1976 : 112.


Planche 8 : Installation de l’équipe de souffleurs (Photo J. M. Chavy)


Planche 9 : Les souffleurs face à l’orifice de la tuyère (Photo J. M. Chavy)


Planche 10 : Extraction de la tuyère à l’ouverture du four (Photo J. M. Chavy)


Planche 11 : Ecoulement des scories. La loupe de fer est au milieu du foyer (Photo J. M. Chavy)

 
 

Technologie comparée des fours Gbaya
 

L’étude comparative des fonderies Gbaya permet de mettre en perspective la dimension identitaire et patrimoniale de la métallurgie du fer dans cette aire culturelle centrafricaine. Reste à définir scientifiquement le cadre de l’analyse comparative car de cette analyse résulte des hypothèses et des conclusions sur l’histoire et l’évolution des savoir-faire. Il est difficile de donner une définition correcte du fer et de l'acier sans faire appel à la connaissance des lois d'équilibres physico-chimiques de leur élaboration. Cet élément fondamental de la métallurgie du fer conditionne tout raisonnement de comparaison entre les techniques de régions et de périodes différentes.
La combustion du charbon de bois est l'agent principal d’élaboration du métal en assurant deux fonctions : l'augmentation de la température de combustion et la production du monoxyde de carbone nécessaire à la réduction des oxydes de fer. La disposition et le fonctionnement du four sont conçus pour régler de manière contrôlée ce processus. Le processus de réduction du fer à partir de ses oxydes peut se produire à environ 800° mais seule une température comprise entre 1000° et 1200° assure la résolution complète des scories fondues. L’utilisation intensive d’une batterie de soufflet assure la montée en température et l’intensité de la combustion.
Pour ce qui concerne les fours à induction, tout classement comparatif passe par une méthode d’analyse qui privilégie les critères de structure et de fonctionnement. Un four est un système de transformation de matériaux à hautes températures de combustion. Il s’agit donc 1°) de classer les dispositifs en fonction de traits structurels et morphologiques internes, et non externes comme on le fait généralement, 2°) tenir compte de la dynamique thermique des fours et des procédures de dissociation puis de séparation entre scories et fer, 3°) de redéfinir les notions clefs dont l'emploi est difficilement évitable (cheminée, creuset, fosse etc...) mais dont il faut normaliser l'usage en fonction des réalités observées sur le terrain, en essayant de contribuer à un système descriptif de portée générale.
Dans une perspective de classement dynamique, le cadre le moins discutable d'analyse comparative des fonderies est le phénomène thermique, d'où l'importance qu'il faut accorder à la zone focale de combustion par rapport à la structure du four, au système de circulation des gaz, au composé minerai / combustible, à la dynamique de la charge etc. toutes choses qui résultent de la maîtrise cognitive du processus de réduction (B. Martinelli, 1993, 2002, 2004). Le travail métallurgique suscite et nécessite des formes particulières de connaissance qui ne s'exercent pas uniquement sur la réalité opératoire elle-même, mais sur des modèles culturellement codés. Les facteurs mis en combinaison étant trop nombreux, les métallurgistes ont recours à des modèles de cohérence logique et pratique. Cette intelligence métallurgique se manifeste dans divers domaines: la catégorisation des phénomènes, la constitution des invariants et des régularités, la résolution des situations critiques. Elle se projette sur la constitution du patrimoine soumis au processus de transmission.
Confrontant les données des reconstitutions qu’il a organisées en 1977 avec celles de P. Vidal (datant de 1972 et s’appuyant sur les anciennes observations de G. Tessman (publiées en 1937) qui datent d’une époque où il était encore possible d’observer directement l’activité métallurgique, Yves Monino propose une typologie des fours Gbaya. Malgré les limites méthodologiques et théoriques de cet essai, cette typologie reste l’un des seuls essais de comparaison systématique réalisés à ce jour sur l’une des aires culturelles les plus importantes de l’espace centrafricain. Le croquis ci-dessous en présente un résultat partiel puisqu’il n’inclut pas les fours Mandja et Banda que l’étude de Y. Monino prenait également en compte à partir de données documentaires.
 
 

Planche 12 : Types de fours métallurgiques « Gbaya » (source : Y. Monino, 1983 : 290)

 
Cette série typologique de fours de réduction témoigne tout d’abord d’une importante dualité technologique à l’intérieur du pays Gbaya. Au Centre, à l’Ouest et au Sud de l’aire considérée, pour les peuplements Gbaya Kara, Gbaya Bodoe et Gbaya Biyanda, les installations de réduction métallurgique sont constituées de fours à soufflets c’est à dire à tirage forcée, alors qu’a l’Est, chez les Gbaya Bokoto, il n’existe que des fours à induction naturelle. Tout le long de la combustion l’admission d’air est faite par des ceintures d’évents à la base de la construction. A-t-on, par conséquent, affaire à une seule ou à plusieurs cultures matérielles voisines ?
Cette série de fours et de processus techniques enregistrés dans différentes parties de l’aire culturelle Gbaya présente des éléments communs et de nombreux caractères distinctifs. L’argument d’Yves Monino insiste sur l’existence d’élément commun qu’il désigne comme un stéréotype ancien de la métallurgie Gbaya. Les différences seraient pourtant tout aussi pertinentes. La série apparemment cohérente des fours à chambre de combustion, structure asymétrique et soufflerie en est l’illustration. Ces fours à soufflerie sont adossés à des plate-formes de formes et de fonctions variables avec un espace de dégagement en tranchée plus ou moins large. Mais sur la base de ces caractéristiques communes, les fours Gbaya se subdivisent en fait en deux ou trois ensembles distincts. Ce qui fait l’unité de cet ensemble est le système de chambre de combustion aménagée d’un dispositif d’injection d’air par une unique tuyère centrale. Cependant des éléments techniques fondamentaux sont négligés ou minimisés au profit d’un modèle d’explication unitaire et homogénéisante. La variation de volume de la chambre de combustion est très importante d’un type à un autre sans qu’aucune explication ne soit fournie. Le minerai est préalablement réduit en poudre dans un cas et simplement concassé dans les autres. Ce simple fait initial pose d’importante question en matière de conduite de la réduction métallurgique. Les techniques de chargement du combustible et de dégagement des gaz comportent d’importantes différences qui induisent des variantes de structure et de savoir-faire. Les soufflets sont de types différents : soufflets à piston au Sud et soufflets à pots de terre au Nord. Par leurs structures, leurs dimensions et leurs outillages, ces fours semblent donc relever de processus opératoires différents et de cultures matérielles distinctes. Au contact les unes des autres, ces cultures matérielles ont procédé à des échanges. Récapitulons ces types de fours à la lumière de distinctions pertinentes, de vérifications et d’enquêtes complémentaires :
  • Les fours de la région Gbaya Kara, autour de Bouar, possèdent une cheminée en élévation aménagée d’un rétrécissement remarquable servant à contrôler la descente du chargement de minerai (réduit en poudre) et de charbon de bois au fur et à mesure de la combustion. Ces fours sont ventilés au moyen de 3 soufflets à pots de bois. La soupape de peau souple est actionnée en position assise. Ces fours sont des structures pérennes à restauration périodique. Ces fours sont en général isolés.
  • Les fours des Bodoe relevés par Monino sont des fours non aménagés de chambre de contention du chargement, comme dans le cas précédent. Il s’agit au contraire de fours à chargement continu avec une partie supérieure aménagée en cuvette. La technologie de conduite de la combustion est donc différente. Les soufflets sont en terre mais à piston comme les fours et forge de l’Est Centrafricain. Ces fours semblent fonctionner par paire, ce qui témoigne d’une simultanéité et d’une plus certaine continuité d’utilisation.
  • Les fours dits « à ventre bombé » des Biyanda documentés exclusivement par les descriptions anciennes de G. Tessmann (1937) semblent être du type le plus proche de ceux des Gbaya Bodoe, comme le relève Y. Monino. L’originalité du dispositif tient à la construction tabulaire circulaire autour de laquelle sont distribués les fours par groupe de quatre. Il s’agit d’une structure permanente de production. La chambre de combustion en forme de « panse » est « non-permanente » ce qui signifie qu’elle est détruite à chaque réduction. Elle sert aussi à recueillir les matériaux de la combustion, probablement les scories qui s’y écoulent par un plan incliné. La cheminée se distingue par sa largeur et sa construction en élévation soutenue par des piliers de bois. Comme ceux des Bodoe, ces fours Biyanda sont ventilés par une batterie de soufflets à piston mais en bois. La différence entre ces deux types est l’aménagement de la chambre de combustion.
  • Les fours à induction Bokoto de la région de Bozoum (Sud) sont d’un type mieux identifié sur le plan technologique. Il s’agit de fours à chargement unique équipé d’une ceinture d’évents et à ouverture de dégagement de la loupe. Ce type est lui aussi exclusivement documenté par les descriptions de G. Tessmann (1937). Les croquis sont trop imprécis pour que l’on puisse interpréter le processus opératoire en particulier en ce qui concerne l’évacuation des scories (pas d’indication de fosse).
On notera que cette répartition des types de fours correspond à la division des ensembles Gbaya comme si des variantes de technologie devaient nécessairement se superposer à des variantes ethniques. Cette répartition est aussi mise en relation avec les aires linguistiques Gbaya. Ces corrélations posent évidemment la question de l’identité et de l’origine des groupes et catégories de métallurgistes qui produisaient dans ces différents ensembles culturels Gbaya. Les variantes de technologie peuvent très bien s’expliquer par la pluralité d’origines des groupes. Mais dans la plupart des cas, jusqu’à l’époque contemporaine, les parentés et les différences technologiques s’expliquent par la circulation des savoir-faire dans un espace régional, en l’occurrence au sein des collectivités Gbaya comme entre le pays Gbaya et les régions voisines. En l’absence d’études et d’informations sur ce sujet, il n’est pas guère possible de répondre clairement à toutes les questions mais un chantier de réflexion doit être ouvert sur le patrimoine et la culture matérielle de l’aire Gbaya.
Bien qu’il n’avance aucune preuve, Yves Monino défend la thèse selon laquelle il aurait existé, autrefois (à quelle époque ?), un seul type de four présumé commun aux Gbaya, Banda et Mandja. Ce type ancien unique serait représenté par le four à soufflerie des Gbaya Bodoe et Biyanda. A partir de ce fonds technologique, la diversification des fours et des techniques de réduction s’expliqueraient par des contraintes géomorphologiques (les qualités de minerais) ainsi que par des variables démographiques (plus faibles densités). Ainsi se seraient produits à la fois l’agrandissement des fours en milieu Gbaya Kara et le choix de techniques à induction directe (sans soufflerie) en milieu Bokoto, Pour justifier l’hypothèse d’une telle homogénéité technique ancienne, Monino n’avance que des arguments linguistiques. Sans données historique, sociales et technologiques, il est suggéré que les Gbaya Bokoto auraient subi l’influence des Mandja qui auraient eux-mêmes « emprunté » les fours à induction à des groupes orientaux (sans préciser lesquels). Ces conjectures ne tiennent pas compte ni des contraintes technologiques ni des facteurs socioéconomiques de la production métallurgique à l’échelle des relations entre sociétés.
L’arbitraire de cette thèse résulte essentiellement d’un paradigme qui dominait l’ethnologie jusque dans les années 1980 : celui de la référence essentialiste à l’identité ethnique. La variabilité des techniques observées en milieu Gbaya ne peut trouver d’explication qu’en s’interrogeant sur « l’évolution » du milieu ethnique Gbaya et le changement ne peut venir que de l’extérieur. A chaque ethnie sa métallurgie ! L’argumentation d’Yves Monino ne prend pas en considération les métallurgies des régions voisines au Cameroun, au Tchad, au Congo et au Soudan, comme si les cultures matérielles étaient cloisonnées. Elle ne cherche pas à identifier similarités et variations pertinentes. Elle n’envisage pas l’impact d’éventuels emprunts et de la circulation des savoir-faire. D’un autre point de vue, la variabilité technique n’est pas mise en relation avec la complexité sociale des processus de peuplement et des déplacements de populations. Les formes de mobilité spécifiques des groupes de métallurgistes et de forgerons ne sont pas envisagées. On sait aujourd’hui, par des études menées sur les populations du Nord-Cameroun et du Tchad, qu’en raison de leur spécialisation et des relations qu’ils instaurent au sein de sociétés stratifiées, les groupes de métallurgistes ont connu des dynamiques propres.
 

Une originalité technologique : le four à chambre et compartiment(s)

Les matériaux des reconstitutions qui ont été réalisées en pays Gbaya peuvent être interrogés d’une nouvelle manière au regard des connaissances dont nous disposons aujourd’hui en matière de métallurgie du fer. Leur signification peut être réinterprétée s’il l’on prend comme argument directeur la variabilité des techniques et la circulation des savoir-faire. La réparation du four utilisé à Daou, au Nord de Bouar, en milieu Gbaya Kara, pour la reconstitution dirigée par P. Vidal, fournit des informations sur la formule technique du four. Ce four présente deux caractéristiques importantes qui font son originalité et sur lesquelles il convient d’insister : la chambre de combustion et un compartiment de contention du chargement. Le four Gbaya Kara est donc divisé en trois parties : la chambre de combustion, le compartiment de rétention de la charge et le conduit cylindrique d’évacuation des gaz (ou cheminée). Le compartiment est relié au foyer par un rétrécissement de la construction. Cette caractéristique de structure non relevée par les auteurs fait l’originalité des fours métallurgiques de cette région de l'Afrique centrale.
Ce type de four à soufflerie n’est pourtant pas exclusif de l’aire de métallurgie Gbaya. L’apport de la technologie comparée est indispensable pour comprendre l’intérêt du patrimoine Gbaya tant en matière de technologie que d’identité des métallurgistes et d’histoire du peuplement. Le four à compartiments a été observé et documenté dans une autre région de l'Afrique centrale. Cette région n’est pas éloignée ; elle se situe à l’Est de la République Centrafricaine. Il s’agit de la région appelée Dar Fertit jusqu’à la fin du XIXème siècle. L’extension du Dar Fertit et des territoires des diverses populations qui l’occupaient étaient encore imprécisément connues. Rappelons qu’il s’agit de la région dont le voyageur tunisien Ibn Umar El-Tounsy, qui suivit une expédition esclavagiste et commerciale au début du XIXème siècle, rapporte l’excellence des populations en matière de métallurgie. La métallurgie Bongo a été observée avec une rare précision par le voyageur allemand G. Schweinfürth, en 1868, dans le Dar Fertit et le Bahr El Ghazal. Cette métallurgie est le seul autre cas connu de four à compartiments. Comme nous le verrons ci-dessous, le peuplement Bongo s’étendait à l’Ouest jusqu’à la préfecture de Nana-Gribingui, en République Centrafricaine.
Dans la planche ci-dessous, nous mettons en correspondance l’une des photographies du four Gbaya de Daou, prise au cours de la reconstitution de 1972, avec le croquis publié par G. Schweinfürth (1975 : 267). G. Schweinfürth accompagne son observation de précieuses informations :
« Ici le fourneau en argile et d’une hauteur qui, en général, est de cinq pieds, renferme trois compartiments d’égale dimension. Dans celui du milieu est placé le minerai ; on l’y met par couches qui alternent avec des lits de combustible ; les deux autres cavités ne contiennent que du charbon. La chambre centrale est séparée de l’inférieure par une espèce de cadre, posé sur une projection circulaire ; elle communique avec celle d’en haut par une étroite enclosure. A la base du fourneau, des trous, au nombre de quatre, permettent de retirer les scories, et d’introduire le bout des soufflets qui activent la combustion. Une cinquième ouverture que l’on bouche avec de l’argile et qu’on débouche à volonté donne issue au métal qui, en fondant, a coulé dans le compartiment inférieur. C’est au commerce que les Bongos font avec leurs voisins du Nord, commerce qui, depuis quelque temps, est devenu très actif, qu’est destinée la majeure partie du produit des forges alimentées par ces fourneaux. » (267-268).
Les fours Gbaya et Bongo présentent des similarités et des différences. A partir d’une structure homologue, une première différence porte sur le nombre de compartiments, deux dans le four Gbaya et trois dans le four Bongo. La seconde différence concerne le système d’admission d’air. En milieu Bongo, le four est ventilé par quatre soufflets et tuyères disposés tout autour du four et possède une fosse pour l’évacuation des scories en dessous du foyer. Chez les Gbaya Kara, le four est ventilé par trois soufflets dirigés vers une seule tuyère. Le four Gbaya Kara, à l’instar des fours Gbaya Bodoe et Biyanda, possède une chambre de combustion. L’évacuation des scories s’effectue en phase finale par l’ouverture frontale
 
 

Planche 13 : Structure du four Gbaya Kara (paroi intérieure)

 

Planche 14 : Structure d’un four Bongo – G.Schweinfürth (1875)

 
Bien que la similitude de forme se dégage clairement de la confrontation des documents ci-dessus, il convient de signaler, afin d’éviter toute surinterprétation, que les fours à soufflerie sont d’une grande variabilité de structures et de conduite du feu. Cette variabilité est beaucoup plus importante que celle des fours à induction d’air par des évents ou des tuyaux sans utilisation de soufflets. L'Afrique centrale, du Nord-Cameroun et du Sud du Tchad à la région des grands Lacs, offre une remarquable démonstration de cette diversité morphologique des fours à soufflerie. Cette variabilité s’explique par des dynamiques particulières d’échanges, d’expérimentation, de diffusion et d’invention en matière de savoir-faire. La solution technique que représente les compartiments de la partie supérieure du four est particulièrement originale et d’une relative rareté (en l’état actuel des connaissances). Le choix technologique que n’illustre que les fours Bongo et Gbaya Kara s’explique par une double fonction : réguler la descente progressive du chargement, plus particulièrement celle d’un minerai préparé à l’état de poudre[20] mais aussi, comme le montre des étude récentes de thermodynamique des fours (Dieudonné-Glad & alii, 1995), contrôler la diffusion des gaz à travers le minerai durant toute la phase de combustion.
Les montées en température de cuisson se traduisent par des modifications de répartition des matériaux dans le four. Il peut se produire des effondrements de charge créant des brèches à travers les couches de charbon de bois, ce qui entraîne un échappement rapide au lieu d’une diffusion régulière et prolongée du carbone à travers le minerai. Ces mouvements peuvent aussi entraîner la dispersion mécanique de la poudre de minerai. L’aménagement d’un compartiment permet donc une consommation régulière du combustible et surtout une homogénéisation de l’action de l’oxyde de carbone sur l’oxyde de fer. Le progrès technique consiste donc, avec ce choix, à limiter l’hétérogénéité des zones et des phases de combustion, par conséquent, celle des métaux finalement produits. L’aménagement de la cheminée en compartiment(s) permet une réduction plus poussée des oxydes de fer donc des gains en rendement et en qualité du métal.
Malgré les différences relevées entre installations Gbaya et Bongo, l’homologie de cette formule technique du four à chambre et à compartiment(s) relève-t-elle d’une convergence ou d’une parenté technique ? Si ces installations de fours avaient été observées à de grandes distances les unes des autres, l’hypothèse de la convergence s’imposerait. Par contre, lorsqu’il s’agit de dispositifs observés dans des régions voisines, reliées historiquement par des processus d’échanges, de migrations et de peuplements, comme c’est ici le cas, l’hypothèse de l’emprunt ou du transfert doit plutôt être examinée. Les différences observées entre les fours Bongo et Gbaya témoignent de cette dynamique de transfert et d’emprunt. Faute de données suffisamment précises, que l’archéologie serait probablement susceptible un jour de fournir, tout un éventail de possibles peut être envisagé. Le four « de type Bongo » mais utilisé par divers groupes de métallurgistes du Dar Fertit pourrait avoir été transféré au cours de leur migration vers l’aire Gbaya Kara actuelle. Il aurait été modifié au contact de métallurgistes (Bodoe et Biyanda) qui avaient développé, pour leur part, une autre structure de four, la chambre de combustion aménagée d’une seule arrivée d’air. Ainsi le four Gbaya Kara du XXème siècle serait-il une forme technologique hybride rendant compatible les formules techniques de la chambre de combustion et du compartiment. Tout ceci fournit des hypothèses et des questions de recherche.
La question des origines du peuplement Gbaya a été l’objet de vives controverses entre l’historien P. Kalck et l’anthropologue P. Vidal. Pour le premier, les Gbaya seraient originaires des massifs de l’Adamaoua et du Yade, au Cameroun actuel et se seraient enfoncés en Centrafrique à la suite de guerres liées à l’islamisation et à la domination Fulbe. Pour P. Vidal, cette thèse ne serait qu’une reprise des conjectures non vérifiées d’auteurs coloniaux. Il considère les Gbaya comme une population autochtone, descendant des anciennes civilisations mégalithiques de la zone de Bouar. Quand on connaît la complexité de l’aire culturelle Gbaya, ces deux thèses ne paraissent pas incompatibles. Les migrations de peuplement semblent être plus diversifiées en relation avec les évènements qui se produisirent au cours de la seconde moitié du XIXème siècle dans l’Est et le Nord de la Centrafrique. Il n’est pas certain qu’il soit encore possible de répondre par l’enquête directe à des questions de cet ordre car elles concernent l’histoire de processus qui se sont déroulés il y a plus d’un siècle et demi. Ces enquêtes auraient peut-être pu être effectuées à l’époque des reconstitutions, auprès d’informateurs aujourd’hui disparus. Cependant, certaines données d’histoire permettent de justifier l’existence d’une relation entre les groupes qui ont constitué le peuplement Gbaya et les anciens Bongo du Dar Fertit, au XIXème siècle.
Comme le relève T. M. Bah :
« L’origine des Gbaya fait l’objet de controverses. Une première hypothèse leur assigne une origine soudanaise (…) à cela, s’opposent les tenants d’un foyer méridional, situé au-delà de la haute-Sangha, dans le bassin de la Lobaye. Par contre, la croyance en une origine orientale est fort enracinée dans la mémoire collective des Gbaya. De nombreux récits d’origine font référence au bassin de la Nana, dans l’espace centrafricain. Ces sources orales sont corroborées par les données de l’archéologie, permettant ainsi de circonscrire un habitat originel correspondant, grosso modo, aux vallées inférieure et moyenne de la Lobaye, avec une extension au nord-ouest vers la Basse-Nana. (…) Dans la première moitié du XIXe siècle, les migrations Gbaya, sans doute anciennes, furent amplifiées sous la pression des razzias esclavagistes organisées à partir du Darfour, du Ouaddai et du Baguirmi. Dès lors, les déplacements, qui s’effectuaient dans la direction sud-nord, s’orientèrent vers l’ouest, en direction du territoire actuel du Cameroun. » (1993 : 67).
L’aire actuellement occupée par les populations de langue Gbaya a attiré des groupes venant de diverses régions. Le peuplement Gbaya actuel garde la mémoire d’origines multiples. Le bassin de la Nana, mentionné par TM. Bah, est l’une des zones dont sont originaires les fractions septentrionales du peuplement Gbaya de part et d’autre de la frontière entre Centrafrique et Cameroun, dont les Kara font partie. Cette aire d’installation antérieure et de départ est située dans l’actuelle préfecture de Nana-Gribingui, au Nord de Kaga Bandoro. Le massif qui s’étend de Ndele jusqu’à Ouada Djallé, à l’Est, est encore enregistré par la toponymie officielle sous le nom de « massif des Bongo ». La préfecture de Nana-Gribingui est une région dont le peuplement a été profondément transformé au cours du XIXème siècle. Il s’agit de la région dans laquelle s’est créé et étendu l’ancien territoire du Velad el Kouti, sultanat[21] dépendant du Ouaddaï, fondé au moins à la fin du XVIIIème siècle. Ce sultanat passa sous la suzeraineté de Rabah durant le règne de Mohamed Es Senoussi jusqu’à la colonisation française. La région fournissait les commerçants Snoussou venus du Nord en captifs, fer et vivres. « (Les commerçants) achetaient des outils et des armes fabriqués par les forgerons alors nombreux et actifs » (Prioul, 1981 : 123-124). Les voyageurs européens qui remontèrent de l’Oubangui vers le Tchad à la fin du XIXème siècle (Dybowski,1893 ; Maistre, 1895) continuèrent quelques temps à s’approvisionner en outils et en armes dans cette région.
L’existence des sociétés segmentaires (sans chefferie) qui résidaient dans cette région a été gravement compromise durant le XIXème siècle. Leur situation a empiré à partir des années 1870. Elles étaient soumises à une lourde exploitation ainsi qu’à des razzias esclavagistes périodiques. Entre 1883 à 1885[22], les dernières opérations particulièrement destructrices menées par les bans de Rabah se concentrèrent sur le Gribingui, après leur échec face aux Nzakara[23]. Une grande partie des populations « autochtones » étaient, d’après les rapports de la fin du XIXème siècle repris par C. Prioul, « les Ndoukas du Bas Bangoran, les Goula de l’Aouk à l’Est, les Banda Marba et Bongo établis au Sud » (C. Prioul, 1981 : 121). Ces populations se déplacèrent en quasi totalité et définitivement vers l’Ouest et le Sud, s’assimilant aux actuelles populations Banda et Gbaya de Centrafrique et du Cameroun. C. Prioul note que Bongo et Kreich ont été victimes d’un « génocide presque intégral » (166).
Au XIXème siècle, les populations de cette région était génériquement désignées du macro-ethnonymes (péjoratif) Kreich. « Les Kreich avaient installé de grands centres commerciaux qui servaient de relais entre les États musulmans du Nord (…) et la grande artère commerciale de l’Oubangui (…) Les Kreich se nommaient entre eux Kpala ou Gbaya » indique P. Kalck (1974 : 68). Sur la base de données ethnographiques du début du XXème siècle, H. Baumann et D. Westermann identifient Kreich (Kredj) et anciens Gbaya[24] en tant que groupes apparentés résidant au Dar Fertit (1948 : 289-291). Cette région de savanes et de massifs escarpés du Nord-Est de la Centrafrique aurait ainsi fourni l’une des souches du peuplement Gbaya actuel. L’hypothèse d’une filiation ou d’une transmission entre métallurgie Bongo et Gbaya Kara est donc corroborée par les hypothèses et les données relatives à l’histoire du peuplement Gbaya. Des études centrées sur les identités et histoires de familles à l’intérieur desquelles se transmettent les savoir-faire traditionnels de la métallurgie, au sein des clans Gbaya, devraient permettre de préciser certaines de ces hypothèses.
Les chercheurs qui avaient lu les descriptions de G. Schweinfürth se demandaient ce qu’étaient devenus les métallurgistes Bongo, et plus largement Kreich. Ils se demandaient où l’on pouvait trouver traces de leurs anciens fours sur le territoire centrafricain. En dehors des vestiges archéologiques, on ne pensait pas qu’ils puissent avoir été conservés par certains groupes au cours du XXème siècle. Ne disposant pas des documents récemment découverts dans le cadre de la présente étude, aucun ne pensait qu’une relation pouvait être établie avec la métallurgie de certaines fractions Gbaya. Le paradigme ethnologique, largement mis en œuvre par les études anthropologiques et archéologiques jusqu’au début des années 1990 (Demoule, 2005), surtout chez les spécialistes de la métallurgie ancienne en Afrique, a exercé une influence négative sur la recherche et sur la compréhension du patrimoine de la culture matérielle. Pour ce paradigme, chacune des cultures matérielles ne peut se comprendre qu’à l’intérieur du cadre de la tradition ethnique, repliant chaque ethnie sur son espace et négligeant les processus inter-sociétaux. Cette option théorique et méthodologique s’est traduite par une insuffisance, voire une absence, de recherches et de prise en considération des données comparatives à diverses échelles de confrontation et de raisonnement.
Nous nous en tiendrons ici aux caractéristiques de structure des fours observés, jusque dans le dernier quart du XXème siècle, en milieu Gbaya Kara. La construction et l’utilisation de fours métallurgiques, ayant cette spécificité d’associer chambre de combustion et conduit compartimenté d’évacuation des gaz, possèdent une valeur patrimoniale à plusieurs titres :
  • l’originalité de la formule technologique tant des installations (types de fours et d’équipements) que des savoir-faire sur lesquels s’appuie le processus de transformation du métal ;
  • la dynamique des emprunts, des transferts et des innovations dont la métallurgie du fer est l’illustration ;
  • l’identité culturelle des groupes détenteurs de savoir-faire métallurgiques ;
  • la relation établie entre des sources documentaires anciennes d’une valeur ethnographique et historique admise ;
  • l’exemplarité de la culture matérielle Gbaya au regard de l’ensemble des technologies représentées dans l’espace centrafricain et plus largement de l'Afrique centrale.

 

Notes

[1] Pour ce qui concerne cet intérêt ancien pour les harpes d’Afrique centrale et tout particulièrement de Centrafrique, on consultera le remarquable ouvrage « La parole du fleuve – Harpes d’Afrique centrale », 1999, Paris, Cité de la Musique.
[2] La date du séjour du sheykh Ibn Umar El-Tounsy au Ouadaï n’est pas précisément indiquée. Par déduction à partir des évènements rapportés, elle se situerait au cours des années 1820, soit trente ans avant les premiers contacts établis par des voyageurs européens dans cette région.
[3] Dans l’ouvrage de G. Schweinfürth, les populations Kreich du Fertit sont désignées du terme de Kredi. (simple variante de Kerdi – Kirdi) (1875 : 253).
[4] B. Simiti, 2000, « Armes de jet contre armes à feu et baïonnettes dans le Haut-Oubangui 1892-1894 », Zo n°3 : 16-20.
[5] Clozel est l’auteur d’une monographie sur les « Baya » en ouverture de laquelle est présenté un four de métallurgie (1896).
[6] La collection Barbier Muller d’armes blanches d’Afrique a fait l’objet d’une importante exposition au Musée du Président Jacques Chirac à Saran de décembre 2003 à septembre 2004.
[7] Centre Universitaire de Recherche et de Documentation en Histoire et Archéologie Centrafricaine.
[8] Ainsi, sur la base des données culturelles de la métallurgie du fer, ne partageons-nous pas le point de vue défendu par P. Vidal qui présente l’espace centrafricain comme un espace « enclavé » sur les plans économiques et culturels jusqu’à une période fort tardive dans l’ère chrétienne sur le seul argument négatif qu’on n’aurait pas trouvé d’objets non-centrafricains dans les sites de fouilles. « Rien dans la culture matérielle des sociétés centrafricaines d’avant 1800, ou au moins le XVIIIème siècle, ne laisse transparaître des influences, donc des contacts, directs ou indirects. Après l’apport de la métallurgie du fer et le développement démographique qui s’en est suivi (grands villages de plusieurs centaines d’habitants dès le VIIIème siècle), la culture Nana-Modé a « ronronné » pendant plus de mille ans » (1990 : 14). C’est méconnaître les conditions sociales d’émergence et de stabilisation de la métallurgie du fer en tant que système de production. Le développement de cette activité exige une dynamique d’échanges technologiques, une circulation des biens, des hommes et des savoirs.
[9] Georg Schweinfurth, 1874, Im Herzen von Afrika, Reisen und Entdeckungen in centralen Aequatorial-Afrika während der Jahre 1868 bis 1871, Leipzig, Brokhaus, 2 vol.. Traduction française Au cœur de l’Afrique 1868-1871, voyages et découvertes dans les régions inexporées de l’Afrique centrale, Trad. H. Loreau, Paris, Hachette, 1875, 2 vol.
[10] In Les missions catholiques, Bulletin hebdomadaire Illustré de la propagation de la Foi, n°1379 (1895).
[11] Langbassi dans la nomenclature ethno-culturelle contemporaine.
[12] G. Dubois, 1908, Les Banziri – Essai historique, ethnographique et linguistique, manuscrit inédit. Une copie de cette monographie est déposée sous la cote MS22 à la Mission Sociologique du Haut Oubangui, Université Paris X Nanterre.
[13] Une synthèse sommaire sur l’artisanat métallurgique est établie à partir de certaines sources d’archives par C. Prioul, dans son ouvrage Entre Oubangui et Chari vers 1890 (Paris, 1981, p. 58-60). Cette synthèse est reprise par A. Mberio et P. Vidal dans leur ouvrage Bangui a cent ans (Bangui, Curdhaca, 1992 : 117-118).
[14] J.L. Amselle et E. Mbokolo, éd., 1985, Au cœur de l’ethnie, Paris, La Découverte.
[15] Les fouilles archéologiques menées sur le site métallurgique de Pendere Senge, quartier Gobongo, à la sortie nord de l’agglomération de Bangui ont fourni plusieurs datations aux IVème et Vème siècles après Jésus Christ.
[16] Photographies et séquences filmées ont été réalisées par Jean Marc Chavy, collaborateur de P. Vidal au cours de la reconstitution de 1972. Toutes les photos ci-dessous été communiquées par J. M. Chavy, Laboratoire d’ethnologie de l’université de ParisX Nanterre.
[17] Ces reconstitutions ont été réalisées dans des milieux culturels voisins mais distincts : les Gbaya Kara et les Gbaya Bodoe. Les installations de fonderie et les processus opératoires comportent de nombreuses différences, à tel point que l’on s’interroge sur le degré de parenté entre ces techniques. Cependant, en raison de la proximité des groupes de métallurgistes, des interférences de savoir-faire et de patrimoine ont eu lieu, permettant de dégager des caractéristiques communes et des constantes.
[18] Les Kara, Biyanda et Bulli fondaient la nuit alors que les Bodoe fondaient le jour. Chez les Bokoto qui utilisent des fours à induction, la réduction durent 20 heures en passant une nuit complète.
[19] Les autres métallurgistes Gbaya, Bodoe, Biyanda ou Bulli se contentent de le concasser.
[20] Ce pilage préalable du minerai à la pierre meulière est un travail masculin réalisé par l’équipe des métallurgistes. L’une des séquences du film réalisé au cours de la reconstitution de 1972 présente cette phase technique. La valeur patrimoniale est essentielle à la compréhension du processus.
[21] C. Prioul désigne cette formation politique comme une « marche frontière de l’islam » (1981 : 121).
[22] Parvenant trois ans plus tard dans cette région, le récit de J. Dybowski est particulièrement précis sur l’état de destruction et de dépopulation quasi totale de cette région du fait des opérations menées par les troupes de Rabah qui « razziaient à blanc les régions du Bamingui-Koujourou-Gribingui » (Prioul, 1981 : 138). Seuls les Mandja opposèrent une résistance à Rabah jusqu’à leur victoire de Kaga Kazamba. Au cours de cette bataille Rabah fut atteint d’une flèche à la poitrine. Il abandonna le siège laissant de nombreux morts sur les pentes du Kazamba.
[23] E. de Dampierre, 1983 : 28 sq.
[24] Voir la carte « Cercle du Soudan oriental » de Baumann & Westermann (1948) qui restitue l’état du peuplement résiduel et de l’ethnonymie de cette région au début du XXème siècle, c’est à dire une situation aujourd’hui largement disparue. Cette carte qui fait la synthèse de nombreuses cartes françaises, anglaises et allemandes de la fin du XIXème et du début du XXème siècle, possède une valeur de référence « historique ».
 
 

Bibliographie

 
Amselle, J.L. & Mbokolo, E., ed., 1985, Au cœur de l’ethnie – Ethnies, tribalisme et Etat en Afrique, Paris, Ed. de la Découverte.
BAYLE DES HERMENS, R., 1975, « Quelques aspects de la préhistoire en République Centrafricaine », Journal of African History, XII (4) : 579-597
CLOZEL, F.J., 1896, Les Bayas – Notes ethnographiques et linguistiques, Paris, Librairie africaine et coloniale.
DAMPIERRE, E., 1967, Un ancien royaume Bandia du Haut-Oubangui, Paris, Plon
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