La chaîne opératoire des ateliers paléométallurgiques de Pendere-Sengue (République Centrafricaine)


 

Dans sa quête de la connaissance de l’histoire Centrafricaine, un des objectifs majeurs que s’est assigné le Centre Universitaire de Recherche et de Documentation en Histoire et Archéologie Centrafricaines (CURDHACA), et compte tenu de l’insécurité qui prévaut dans le pays, le Département d’Archéologie et de Paléontologie a initié, en collaboration avec le Département d’Histoire de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, un programme de prospections archéologiques et de fouilles dans la ville de Bangui et à sa périphérie depuis 2001.

Ce programme vient en appui, aux étudiants en Licence et en Maîtrise de la filière archéologie, dans l’élaboration de leurs mini-mémoires et mémoires de fin de cycle, en plus des travaux de recherches propres à l’institution. C’est dans ce contexte que vingt-deux (26) sites archéologiques ont été découverts à Bangui et dans ses environs immédiats dont celui de Pendèrè-Senguè au quartier Gobongo I. C’est un site de plein air de production métallurgique.

Situé en plein quartier populaire et soumis aux effets néfastes de l’occupation humaine et de l’érosion, ce site, dont l’importance archéologique s’avère majeure, a mérité une action de sauvetage d’urgence afin de récupérer ce qui reste des structures en place, surtout pour appréhender les modes d’acquisition du métal fer.

Les fouilles de sauvetage sur 40 m² ont permis la collecte d’une abondante documentation archéologique. L’analyse radiométrique, morpho-technologique et spatiale des artefacts révèle une séquence de deux siècles de production métallurgique et un savoir-faire technologique complexe

I – LOCALISATION DE LA ZONE D’ETUDE

Situé par 4°18’N et 18° 34’ E, la ville de Bangui n’a qu’un siècle d’existence. Toutefois son cadre naturel se prête à une colonisation ancienne.
 
 

Carte 1: République Centrafricaine et localisation de la zone d’étude

 

Bangui a été créée le 24 juin 1889 par les explorateurs français (P. Kalck, 1974 ; Y. Boulvert, 1989 ; A. Mbério et P. Vidal, 1992). Capitale de la République Centrafricaine, l’agglomération est circonscrite au Sud et au Sud-Ouest par la rivière Oubangui, au Nord-Est par la ligne de collines de Gbazabangui et ceint un périmètre de plus de 40 kilomètres. Bangui et sa zone périphérique rentrent dans un quadrilatère dont les coordonnées géographiques sont 18° 27’ 30’’ et 18° 38’ 00’’ E, 4° 18’ 00’’et 4° 32’30’’ N (carte n°1).

Le Recensement Général de la Population de 2003 estime à plus de 554.546 les habitants de la ville et ils sont répartis dans huit (8) arrondissements. L’agglomération est construite dans une zone dont les éléments naturels caractéristiques sont : les collines de Gbazabangui, la plaine et le cours d’eau Oubangui. C’est dans cet espace que nous avons identifié plusieurs sites archéologiques et particulièrement paléométallurgiques dont les ateliers de Pendèrè-Senguè.

II – METHODOLOGIE

Ces travaux ont suivi la démarche proposée dans les manuels de méthodologie des auteurs tels G. Camps (1979), J. Garanger (1992), P. Jokey (1999), J-C. Gardin (1979).

La prospection, démarche indispensable pour la découverte des sites, nécessite une conception théorique de base, des outils scientifiques comme les cartes à différentes échelles. Les cartes de Bangui à l’échelle de 1/200.000e , de 1/50.000e et de 1/20.000e ont été utilisées pour le positionnement des sites découverts mais aussi pour cibler les différents secteurs supposés intéressants à l’établissement humain des périodes anciennes et principalement à l’activité paléométallurgique. La toponymie a joué un rôle important dans cette prospection. Les cartes anciennes de la zone (1889 à 1960), réunies par Y. Boulvert (1989), ont permis de situer les villages antérieurs à la pénétration européenne et de discerner les noms des différentes ethnies y relatifs. Dans le même document, des photos satellites de 1946 à 1988 permettent de voir l’impact de l’occupation de l’espace.

Par ailleurs, le contexte des fouilles de sauvetage dans un milieu urbain est une réalisation scientifique contraignante et stressante. Les travaux se font essentiellement devant les portes des maisons d’habitation. La démarche suivie est la collecte de données de la technologie du fer en s’appuyant sur les évidences des associations des vestiges en surfaces. Ces vestiges sont décelables dans quelques secteurs du site que nous avons arbitrairement dénommée Point et suivi d’un numéro en chiffre romain pour les distinguer (PI, PII, PIII, PIV…).

Une fois sur le Point à fouiller, le ‘’point de référence zéro’’ est matérialisé par un clou enfoncé à l’angle d’un mur ou sur la façade d’une maison, un quadrillage métrique de 5 x 4 m est posé avec des ficelles de couleurs différentes pour distinguer l’abscisse (jaune) de l’ordonnée (blanche). Il est, de ce fait, facilement reconnaissable sur une photographie en couleur. Le quadrillage peut être ainsi projeté dans toutes les directions sans problème majeur.

Un carré d’évaluation est sondé jusqu’à la couche géologique afin de cerner la stratigraphie du point à fouiller et d’évaluer les potentialités du site. Après cette opération, le reste des carrés est exploré à la binette, à la truelle, au pinceau et au couteau de poche. Une strate artificielle de décapage est établie à 5 cm à chaque descente. Cette solution arbitraire répond au souci de la nature des vestiges (fragilité, petitesse) et à l’absence de tamis. Cette strate artificielle est entièrement fouillée sur l’ensemble de l’aire étudiée où diverses opérations de relevés sont faites. Les structures (fosses, amas de pièces…) sont relevées sur papier millimétré à l’échelle de 1/10e, l’ensemble de l’aire à 1/20e et le point fouillé à 1/100e.

Après le relevé sur papier millimétré, les structures et la progression des fouilles sont photographiées. Par manque de niveau de terrain, les pièces sont mesurées directement à partir de la paroi des fouilles sur la base d’une ficelle stabilisée au niveau à bulle. Les trois points de fouilles ont été géo-reférencés au GPS (modèle : Garmin 40) et les distances entre les points de fouilles, au podomètre.

Une fiche d’inventaire est affectée à chaque carré, ce qui permet d’avoir le nombre de pièces extraites par carré et dans chaque strate. Cette fiche permet d’avoir non seulement le nombre de pièces par carré mais aussi la spécificité de chaque objet et ses coordonnées en X-Y-Z ; sans oublier des observations relatives à la nature du sol ou toutes autres informations.

Un cahier de fouille est tenu en plus d’un rapport quotidien des opérations à la fin de chaque journée de travail. A la fin des fouilles, les fosses sont refermées mais des coordonnées précises permettront de retrouver l’emplacement de l’excavation.

Les déblais des fouilles sont recueillis à la ramassette dans le carré, ensuite mis dans un seau et enfin de compte déversés à l’endroit prévu à cet effet. Le dépôt de déblais jouxte toujours l’aire des fouilles.

Le retrait des pièces permet le prélèvement d’échantillons de sol. Les pièces ainsi retirées des fouilles ainsi que les différents autres prélèvements sont mis dans des sacs en plastique, numérotés et rangés dans des casiers en bois. Ce qui permet un déplacement avec un minimum de sûreté pour le laboratoire.

L’étude des pièces s’appuie sur l’identification des objets post-opérations des ateliers de la chaîne opératoire métallurgique. Au risque de nous répéter, les opérations pour l’obtention du métal ferreux génèrent des résidus spécifiques à l’opération et à la technique utilisée.

Ainsi, les éléments de réductions sont les pièces qui ont servi aux opérations de transformation du minerai de fer. Leur identification se fonde sur les méthodes de reconnaissance proposée par P. Fluzin (2002), C. Célis (1991), car, selon le premier, ‘’l’étude morphologique détaillée des scories apporte des informations sur le fonctionnement et l’architecture du fourneau (P. Fluzin : 2002 : 62). Les travaux de E. Zangato (2000), de F. Yandia (1994) feront connaître les éléments archéologiques de la chaîne opératoire de la métallurgie du fer en République Centrafricaine. Des études d’étudiants de l’Université de Bangui tels que H. Zana (1994), A. J-P. Ndanga (1996) et D. Féïkéram (1996) ainsi que nos observations de terrain ont apporté une contribution conséquente à ce travail.

Nous avons retenu pour l’analyse, les artefacts post-réduction, de cinglage ou de forgeage. Le choix a porté sur les pièces les plus significatives, orientables, en rapport à l’objectif qui est la connaissance morphologique des structures de la chaîne opératoire ainsi que des produits finis. Notons qu’en refroidissant, la gangue plus ou moins fluide prend la forme du réceptacle dans lequel elle s’est refroidie.

Les pièces sont mesurées au pied à coulisse, pesées et décrites selon les terminologies des auteurs cités ci haut. Elles sont ensuite photographiées avec une échelle bicolore (noir et blanc) centimétrique ou décimétrique. L’analyse des différentes scories s’appuie sur la description proposée par P. Fluzin (2002).

La céramique présente dans le corpus n’est que signalée car le centre de notre réflexion est la métallurgie du fer. 

III– LES GISEMENTS PALEOMETALLURGIQUES DE PENDERE-SENGUE

Le site de Pendèrè-Senguè nous a été signalé par l’étudiant Alfred ASSANA pendant les travaux pratiques que nous donnons en première année au Département d’Histoire. La prospection qui s’en est suivie, a montré des pièces relatives à la métallurgie du fer affleurant sur le sol, à différents endroits, le plus souvent mis à jour par l’érosion ou les travaux anthropiques résultants de l’occupation d’espace.

III.1 – L’ASPECT PHYSIQUE DU SITE DE PENDERE-SENGUE

Le site de Pendèrè-Senguè est situé au quartier Gobongo I, à la sortie nord de Bangui. Il tire son nom de la source du même nom dont les eaux grossissent le cours du marigot Ngongonon. Situé par 4°25'593 N et 18°33'174 E (carte n°2), il est d’accès très facile (800 m environ de l’Avenue de l’Indépendance) et se trouve dans une sorte de presqu’île formée par le confluent des eaux du marigot Ngongonon et celles de la source Pendèrè-Senguè.  

Couvrant plusieurs hectares, les gisements contenant les pièces archéologiques sont le plus souvent détruits par deux facteurs essentiels à savoir : l’occupation humaine qui provoque la dégradation du milieu et l’érosion par les eaux de pluie. Ainsi, le site est entamé à certains endroits par des fosses à détritus, les travaux de construction de maisons d’habitation, les cultures ou par d’autres formes d’activités humaines.
 

Carte n° 2 – Localisation du site de Pendèrè-Senguè à Bangui.
(Source : A. J-P Ndanga – fond : Boulvert, 1988)

A propos de la chaîne opératoire métallurgique, cinq points importants ont été remarqués. Spatialement, ils se présentent par une distribution d’une activité centrale entourée d’occupations secondaires. En fait, on observe, par exemple des scories de réduction à un endroit et près de celles-ci, se distingue des tessons de céramique en association avec d’autres artefacts.
La distribution spatiale des gisements sont des associations de scories et fragments de tuyères au Point I ; des tessons de céramique, de scories de forge, de pièces lithiques au Point II ; des pièces métalliques, des pots fragmentés en place contenant des pièces métalliques au Point III (photographie n°1) ; des fragments de céramique, des pièces lithiques, des objets organiques (végétaux, ossements) au Point IV et des tessons de céramique au Point V. Seuls les Points I, II et III ont été fouillés.

III.1.1 - Le Point I

C’est une butte de Macrotermes bellicosus Ruelle (ex Bellicositermes rex) tronquée sur une douzaine de mètres dans sa partie est, le tiers restant étant affecté par des artefacts métallurgiques. Les deux tiers détruits de ce ferrier ont servi de carrière de terre pour la fabrication de briques cuites avec lesquelles les maisons d’habitation de la concession ont été construites.
 

Photographie 1 : Extrait de photo satellite de Bangui en 1982, sortie nord de la ville et site de Pendèrè-Senguè à droite entre les cours d’eau en noir (Source : A. J-P Ndanga – fond : Boulvert, 1988)

III.1.2 - Le Point II

Il se situe dans le triangle du confluent des cours d’eau Pendèrè-Senguè et Ngongonon, appuyé à la berge de ce dernier et à 150 m du premier point. Une maison d’habitation occupe le centre du gisement. Le balayage quotidien et l’érosion des eaux de pluies ont mis au jour plusieurs secteurs d’affleurement, d’une superficie d’environ cinquante mètres carrés. Le gisement occupe les façades nord et ouest de la maison. Ces secteurs offrent des tessons de céramiques et divers objets lithiques ou ferreux.

III.1.3 - Le Point III

Le Point III est à la pointe du triangle et à 40 m du précédent. Les habitants actuels de l’endroit ont creusé le sol à 50 cm de profondeur pour avoir un terrain assez plat afin de construire une maison d'habitation ; ce qui a permis à l’érosion de décaper le sol, en mettant au jour plusieurs pièces métalliques et des pots en céramique.

III.2 - LES FOUILLES

Le site de Pendèrè-Senguè a été fouillé du 15 juillet au 27 août 2003. Les Points II et III ont été les premiers à être excavés. Les contraintes de fouilles en milieu urbain ont été la cause du retard accusé lors des travaux du Point I.

III.2.1 - Le Point I

C'est pour identifier les éléments de réduction qu'un carroyage de 5 x 4 m a été posé dont 6 m² ont été fouillés dans leur totalité (figure n° 1).

La couche anthropique est un ferrier qui épouse la pente de la butte et se compose exclusivement de pièces issues de réduction traditionnelle de fer. 

En dehors de la butte, sept (7) secteurs d’activités secondaires sont distribués en cercle autour du ferrier. On remarque une association de scories cordées et de fragments de tuyères, de la terre rubéfiée et surtout au secteur 7, de la céramique, de petits blocs de latérite, des scories de cinglage qui avoisinent des morceaux de briques cuites ; celles-ci sont contemporaines.
 

 Figure 1 : Plan du Point I au 1/100e, ensemble du carroyage. Hachure - carrés fouillés.

 

Des détritus ménagers (sacs en plastiques, clous rouillés, vieilles chaussures, vêtements usagés …) se remarquent sur le sol. Une végétation herbeuse est nettoyée avant la pose d’un quadrillage qui englobe toute la butte située devant la maison principale.

Les travaux du chantier ont été par six fois arrêtés à cause des pluies soudaines qui ne se prévoient pas mais pouvant durer en moyenne quatre à six heures. La seule protection est une toile en plastique qu’on étend sur les fouilles pendant la pluie et la nuit. Malgré cette précaution, l’infiltration des eaux de pluie se remarque par une surabondante humidité du sol, ce qui nous astreint à des précautions poussées quant au décapage et à l’observation.

En prenant comme point de référence le poteau gauche de la véranda de la maison citée ci-haut, l’abscisse est orienté nord-sud et l’ordonnée est-ouest. L’emplacement opté pour la fouille présente après nettoyage, une concentration de scories, de volume important à l’observation directe. Cette concentration stratifiée s'examine aussi sur la frange tronquée jouxtant le bâtiment et surtout du côté sud du gisement.

En dégageant les carrés B1 et B2, C1 et C2, nous nous sommes aperçus que des scories de grande taille se concentrent en amas dans l’intersection des quatre carrés à – 10 cm, distribués de manière aléatoire. Une bonne lecture du relevé de la concentration donne une représentation subcirculaire des scories de parois avec des fragments de tuyères ayant une orientation nord-sud. Les autres variétés de scories, quoique d’assez grande taille, sont plutôt du type coulé. Les trente-cinq premiers centimètres des carrés nous confortaient dans l’idée d’une structure de réduction, peut-être effondrée mais en place (photographie n°2).

Le relevé à - 50 cm donne après démantèlement de la première concentration, les mêmes types d’objets mais cette fois sans orientation précise pouvant attester une structure en place.

A ce propos, le plan montre un agencement des scories de parois et des morceaux de tuyères décimétriques pour la plupart, ne donnant aucune orientation permettant d’affirmer la présence d’une structure en place (figure n°2). En effet, l’orientation des morceaux des parois est nord-sud au lieu d’avoir une forme précise.

Le matériel exhumé se compose de scories coulées ou de parois, de fragments de tuyères. Après l’identification des différentes pièces, un tri du matériel s’est fait car les propriétaires de la parcelle nous ont assujettis à des conditions ne nous permettant pas d’étudier la totalité des pièces exhumées. Du charbon de bois a été prélevé à - 45 cm dans le carré C2.

  

 

Figure 2 : Relevés en plan du Point I à –55 cm au 1/20e

L’essentiel des différentes parties reconnaissables d’un four a été ainsi retenu pour l’analyse en laboratoire.

 
 

Photographie 2 : Point I, éléments des fours en contexte à – 35 cm. (Cliché A. J-P. Ndanga, 2003)

Il s’agit de quinze (15) pièces qui ont été ramenées au laboratoire pour analyse. Toutefois, la totalité de la collecte se compose de 220 pièces dont 113 scories diverses, de dimensions décimétriques, 74 fragments de tuyères et un petit os. Au Point I, la couche anthropique est très compacte, de couleur noirâtre. Elle a une puissance de 64 cm dans la partie la plus épaisse et 26 cm vers la base de la butte. 

Aucun objet contemporain ayant été observé en surface n’affecte la couche. Tout au contraire, celle-ci est homogène et très humide du fait de la saison à laquelle les travaux ont été effectués (figure n°3).
 

Figure 3 : Relevés stratigraphiques au 1/20e, côté Est.

 
Nous n’avons remarqué aucune trace de rubéfaction, ni de cendre dans la couche ; de même dans la concentration des artefacts. Seule, la partie basale de la strate donne une fine colorie rougeâtre du fait d’une poussière issue des petits fragments centimétriques des tuyères qui tapissent cette partie de la couche (photographie n° 3).
 

Photographie n°3 : coupe stratigraphique du Point I, (Cliché : A. J-P. Ndanga, 2003)

 

III.2.2 - Le Point II
C’est le seul endroit où ont été fouillées les structures des activités connexes de la chaîne opératoire sidérurgique. Ce point comprend trois (3) secteurs.
En effet, le balayage quotidien et l’érosion des eaux de pluies ont mis au jour plusieurs secteurs d’affleurement dont le premier d’une superficie d’environ cinquante mètres carrés, affecte la façade nord de la maison d’habitation, dit Point II, secteur 1 (PII.S1).

Les secteurs 2 et 3 (le troisième étant créé pour des raisons de gestion des fouilles), se trouvent à 36 m au sud du premier. Un affleurement de charbon de bois se situe à un (1) mètre de la façade sud de la maison.

A mi-chemin entre les secteurs se remarque une excavation faite par les habitants de la maison et destinée aux toilettes. Une enclume en pierre au tablier concave provenant de cette fosse, nous a été remise par les habitants de la maison.

III.2.2.1 - Le secteur 1

Ce secteur présente des tessons de céramique et divers objets lithiques ou ferreux en surface. Le deuxième et troisième secteur se trouvent au sud du premier. Une maison d’habitation occupe le centre du gisement. Un affleurement de charbon de bois se décèle à un (1) mètre de la façade sud de la maison.

Un carroyage de 20 m² a été posé dont treize (13) ont été entièrement fouillés. Il s’agit des carrés A, C, D, de 1 à 3 et de B1 à B5 (figure n°4). La couche sommitale, d’origine anthropique, a fait l’objet d’une attention particulière.

Les onze premiers carrés ouverts à - 5 cm, font voir des pièces distribuées de manière éparse sur le sol. On remarque une concentration des pièces dans les carrés B1, B2, B3, C1, C2 et C3. Cette concentration offre dans les carrés B3 et C3, un ensemble de pièces lithiques et de nodules de latérite. Les tessons de céramique s’observent le plus dans les carrés B1, B2, C1, C2. Les carrés A1 à A3 sont presque vides, surtout dans leurs parties sud.

 

 

Figure 4 : Relevé du Point II, secteur 1, ensemble du carroyage : quadrillage - fouilles stratigraphique ; hachures - excavation de la couche anthropique.

 

La trouvaille remarquable est l’enclume en pierre dans le carré B4 et une lame métallique dans le carré C3. Le pourtour de l’enclume présente une terre oxydée de couleur rouge et des scories. Les deux derniers carrés B4 et B5 sont moyennement pourvus de pièces qui sont dans leur majorité des tessons de céramique et quelques pièces lithiques.

A partir de - 15 cm, les fouilles offrent des amas de pièces dans une agglomération de sol très dur, dans les carrés B4, B5, C1, C2 (figure n° 5).  

Le carré B4 est affecté d’une teinte foncée et circulaire dans sa partie ouest. Ce cercle, en plan, a 45 cm de diamètre et recèle au centre quelques tessons de céramique. Le décapage de la moitié du cercle jusqu’à 80 cm de profondeur, offre en stratigraphie une fosse hémisphérique (photographie n°4). La fouille de cette structure a donné quelques tessons de céramique et de petits fragments de charbon de bois disséminés dans la poche. On remarque par ailleurs de minuscules nodules rougeâtres pouvant provenir d’une oxydation d’éléments ferreux.
 

Figure 5 : Point II, secteur 1, plan des fouilles à – 15 cm.

 

Mais les carrés C1 et C2 offrent une composition de sol avec une forte présence de cendre. Le démantèlement des différents amas a donné outre les pièces lithiques, les morceaux de latérite, les tessons de céramique, des fragments centimétriques de tuyères à extrémité scorifiée et de terre rubéfiée. Du charbon de bois a été prélevé dans les carrés A1 et C3 à - 15 cm pour une datation radiocarbone. C'est l'échantillon du carré C3 qui a fait l'objet de l'analyse radiocarbone.

Dans la perspective de découvrir une structure de forge, surtout le foyer, les carrés D1 et D2 ont été ouverts. Cette opération a permis de se rendre compte, une fois de plus, de la présence de la cendre surtout au milieu du carré D1 et des fragments de tuyère à extrémité scorifiée. Le sol qui est dur au décapage devient, une fois remué, très friable et poussiéreux. La concentration de la cendre à ce niveau pourrait suggérer la présence d’un foyer à cet endroit (figure n° 8). Le carré D2 a livré deux (2) fragments de loupes qui font 140 g.

Le secteur 1 du Point II nous a offert 1756 artefacts composés de 1308 tessons de céramique, 296 scories diverses, 56 pièces lithiques, 34 fragments de four ou de tuyère, une coque de noix de palme calcinée, deux loupes et une lame de sagaie. 

Parmi le matériel exhumé se trouve une enclume en pierre, deux molettes, un aiguisoir, des éclats lithiques portant soit un polissage sur une face soit des traces de martelage.
 

Photographie 4 : Point II, secteur 1, fouilles à –15 cm, amas de pièces et fosse en coupe. (Cliché: A. J-P. Ndanga, 2003)

Dans la catégorie des éléments de la soufflerie ou de foyer, nous avons recueilli quatre (4) fragments centimétriques ou décimétriques de paroi de four, 29 de tuyères à extrémité scorifiée ou en connexion avec un bout de paroi de foyer. Les fragments de tuyères sont nombreux dans les carrés C1 et D2. En revanche, les fragments de parois de foyer de forge sont distribués dans les carrés B5, C2 et D2.

La stratigraphie du secteur 1 du Point II, offre trois niveaux sur une profondeur de 1 m. La strate sommitale recèle la quasi-totalité des artefacts recueillis.

 

Figure 6 : Coupe stratigraphie nord des carrés A1, B1, C1 au 1/20e.
Couche anthropique, B et C – couches stériles.

 
De couleur noirâtre et d’une vingtaine de centimètres, elle affecte en certains endroits la seconde couche pédologique qui est de couleur jaunâtre. On remarque une fine couche de sable de couleur blanche entre la première et la deuxième strate. Cette dernière, d’une quarantaine de centimètres d’épaisseur surmonte la troisième strate dont 40 cm ont été mis au jour. Cette couche est de même couleur que la précédente mais elle se distingue par des taches d’oxydation qui l’affectent (figure n°6).

III.2.2.1 - Secteur 2, stratigraphie
Il se situe à 34 m du premier secteur. La présence d’innombrables petites scories, différentes de celles du point I, sur la berge abrupte de la Ngongonon nous a décidé à fouiller cette zone du point II. Selon Bruno Martinelli qui nous a accompagné sur le site avant les fouilles, la présence de ce type de scories présage fortement d’un atelier de cinglage. Ce type d’atelier n’a pas encore fait l’objet d’une découverte archéologique in situ en Centrafrique. La recherche des structures de cinglage s'avère donc nécessaire.
Un quadrillage de 12 m² posé et dont 9 m² ont été fouillés a donné les résultats suivants : 129 morceaux de minerais grillés, 14 fragments de parois de foyer de cinglage, 25 pièces lithiques et 39 tessons de céramique et différentes scories. Parmi les tessons de céramique se trouve un couvercle de vase cassé.
Parmi les pièces récoltées pendant ces fouilles de cette aire d’activité, nous avons trouvé un fragment de tuyère en connexion avec une paroi de foyer, des scories de cinglage.
La lecture du champ de fouilles et du matériel exhumé permet d'affirmer que nous sommes en présences d’un atelier dans lequel au moins deux opérations sont effectuées. Il s'agit de travaux de grillage et de cinglage. Malheureusement, la structure des opérations n’a pas été retrouvée d’où l’ouverture d’une aire voisine.
III.2.2.3 - Secteur 3
Ce secteur a fait l’objet du même traitement au point de vue du quadrillage et 8 m² carrés ont été fouillés. Il a donné essentiellement des scories d’épuration dont 39 scories de cinglage ainsi que 39 tessons de céramique. Un prélèvement de charbon de bois a été effectué, malheureusement non daté.
III.2.3 - Le Point III
Le point III est à la pointe du triangle cité plus haut. Des planches de patates affectent la partie sud du site. Une maison d’habitation se situe à 10 m à l’est des affleurements des pièces archéologiques. A trente mètres au nord se trouve le confluent de la Pendèrè-Senguè et du Ngbongbo, dont les cours ont été déviés par les bassins piscicoles.
Situé à la fin de la pente que constituent le piémont à la base de la colline et le marécage issu des cours d’eaux dont les sources prennent pied dans la colline, le Point III est dans une zone inondable pendant la période de fortes pluies. Les habitants actuels ont creusé le sol à 50 cm de profondeur dans la partie la plus profonde, pour avoir un terrain plat afin de construire leur maison. Par la suite, l’érosion a décapé le sol en mettant au jour plusieurs pièces métalliques et des tessons de céramique. Ici, du fait de la pente de la butte de termitière qui l’affecte, le dénivelé atteint moins de 10 cm de profondeur. L’action encore forte de l’érosion nous a décidé à recueillir les pièces après un quadrillage de l’aire d’affleurement et d’exécuter un sondage de 4 m² (figure n°7).
Ce sondage nous a permis d’identifier dans le sens de la pente, une strate anthropique de – 55 cm dans la partie la plus épaisse et de – 30 cm dans le secteur le plus étroit ; en dehors d’un horizon A. De couleur jaunâtre, elle contient des nodules rougeâtres provenant de l’oxydation du sol. Elle surmonte une couche hydromorphe de couleur blanchâtre dont – 20 cm ont été mis au jour.
 

Figure 7 : Point III, relevé au 1/100e, ensemble du carroyage : hachure - carrés sondés, 
 estompage – prélèvement des pots en céramique.

Nous avons recueilli essentiellement des pièces métalliques manufacturées et quatre pots fragmentés en céramique en place. Le sondage de 4 m² a affecté les carrés B3 et B4, C3 et C4. Ces vases contiennent tous des anneaux de fer. La surprise réside dans la mise au jour d’une barre de fer spatulée dont la spatule à tranchant arrondi se positionne en diagonale dans les carrés B4. Entre la barre de fer spatulée et un bloc d’anneaux de 17 cm de long se trouvent un petit couteau courbe, une lame de hache, une pièce rectangulaire et un pédoncule (photographie n°5).
Dans le même carré, sous la spatule à tranchant transversal, à – 20 cm de profondeur, un collier de grande taille en connexion avec quatre (4) lames, un pédoncule et un morceau d’ocre rouge ont été recueillis (photographie n°6).
Trois (3) vases disposés en triangle, contenant des pièces métalliques ont été recueillis dans les carrés A1, B2, C1 et plus loin, à 4 m à l’angle nord-est du carroyage, un autre récipient faisait surface.
Ces pots sont en place mais celui du carré A1 qui a été recueilli avec tous ses tessons, se présente complètement élimé par l’action de l’érosion. Sa découverte a été faite à la faveur d’une pluie qui a enlevé la couche de terre qui surmontait le bord du pot.
 

Photographie n°5 : Point III, Pièces métalliques en contexte (Cliché: A. J-P. Ndanga)


Le dégagement des pièces en surface et le sondage nous ont permis de recueillir 432 pièces métalliques et quatre (4) vases fragmentés. Aucun élément organique n'a été prélevé pendant le sondage.
Le Point III offre une couche uniforme, elle a le même aspect que la seconde strate dans les points I et II. Elle surmonte une strate d’aspect kaolinitique et hydromorphe.

Photographie n°6 : Point III, Collier et lames en contexte (Cliché:A. J-P. Ndanga)

 
La collecte des artefacts en fouilles et la quantité de ceux-ci suscitent des interrogations qui peuvent avoir quelques éléments de réponse dans l’analyse et l’interprétation qui s’effectueront dans la partie suivante.

IV – ANALYSE DES ARTEFACTS

L’étude des artefacts se fera selon les critères définis à l’introduction. A titre de rappel, les pièces de chaque Point de fouille sont classifiées et chaque catégorie d’objets est analysée d’après les indications retenues. Il s’agit de l’identification des scories, les mensurations des pièces, le poids/masse, la forme, la morphologie et la fonction. Toutefois, les opérations métallurgiques dont sont issues les pièces permettent leur reconnaissance. L’identification des procédés techniques de chaque étape de la chaîne opératoire métallurgique peut être tentée.

IV.1 – LE MATERIEL DU POINT I

Nous considérons par éléments de réduction, les pièces qui ont servi aux opérations de réduction du minerai de fer. Notons que cette étude s’appuie pour l’essentiel sur les critères définis par P. Fluzin (2002 : 59) et qui stipule en parlant de la chaîne opératoire métallurgique que ‘’les études archéométriques des objets et déchets métallurgiques visent à reconstituer cette chaîne opératoire’’. Les pièces post-réduction sont les scories qui sont en général denses, constituées de silicates de fer et accompagnées d’une phase vitreuse plus ou moins abondante. Elles sont passées d’une phase plus ou moins liquide avant de se solidifier en prenant la forme du réceptacle qui les reçoit. Ce qui permet une étude morphologique et leur identification (P. Fluzin, 2002 : 62).
Nous avons donc retenu pour l’analyse les pièces scoriacées les plus significatives par rapport à l’objectif qui est la connaissance de la structure de réduction. Il s’agit d’une (1) scorie de bord de four, quatre (4) de paroi ventrale (à unique ou à double connexion de tuyère), trois (3) de fond de four dont deux (2) avec connexion de tuyère, deux (2) de chenal d’évacuation et trois (3) scories coulées.
Une différence entre les scories de parois est perceptible. On distingue au moins deux (2) types. Le premier type de ces scories est en général très dense et accuse un poids important par rapport à la masse. Le second quoique dense, est proportionnellement assez léger par rapport à la masse. La différence entre les deux types de scories est même visuelle.
 
IV.1 – La scorie de bord de four
La scorie de bord de four en plaque a 20 cm de longueur, 12 cm de largeur et 7,5 cm d’épaisseur. Un vide laisse entrevoir l’absence d’une couche, certainement de terre (photographie n°7) ou d’un support non conservé (masse terre, végétaux agglomérés).
 

Photographie n°7 : Scorie de bord (Cliché A. J-P. Ndanga, 2004)

 
La scorie présente sur sa face interne, au toucher, une surface assez lisse et compacte tandis que le côté opposé est rugueux et bulleux. Cette scorie est assez dense mais accuse un léger par rapport à sa masse.

IV.1.2 – Les scories de paroi ventrale
Il y a quatre (4) scories en plaque de paroi ventrale de four dont deux (2) ont des bouts de tuyères encastrées dans le sens de l’épaisseur. Ces deux (2) scories de paroi à double connexion de tuyère ont 9 cm ou 12 cm d’écart entre les deux pour l’un et l’autre cas et un angle 17° à la sortie de la tuyère (photographie n°8).
On remarque dans les deux cas l’aspect très fluide des scories entre les deux tuyères sur la face interne de la pièce alors que le reste de la pièce est rugueux et parfois bulleux surtout dans la partie basale, sur les deux côtés. Elles ont entre 28 et 31 cm de longueur maximum, de 13 à 16 cm de largeur. L’épaisseur varie du sommet à la base de 5 à 8,5 cm.
Les deux (2) autres scories de paroi ventrale avec une seule connexion de bout de tuyère, ont entre 25 et 20 cm de long, une largeur de 22 et 12cm, l’épaisseur varie entre 7,5 cm et 4,5 cm. L’aspect visuel ou au contact est le même que dans les cas précédents. Toutes ces scories sont légères par rapport à leur masse.

IV.1.3 – La scorie hémisphérique de fond de four
Elle a une forme hémisphérique avec une couche de scorie bulleuse sur la face plane. Une couche de terre rubéfiée adhère à la base courbe. Elle est épaisse de 8,5 cm et a un diamètre de 18 cm (photographie n°8). Au-dessus de la pièce, dans un axe, une face pourvue d’alvéoles est tronquée, ramenant le diamètre à 13 cm. Elle est du type léger par rapport à sa masse.
 
 
  

Photographie n° 8 : Scorie ventrale à deux connexions de tuyères.
Flèches : angle de sortie de la tuyère - Scorie hémisphérique de fond de four (Cliché A. J-P. Ndanga, 2004)

 
IV.1.4 – La scorie de fond de four à connexion oblique de tuyère

C’est une masse lourde en arc de cercle de 14 cm de hauteur avec une base courbe. La face externe est plus ou moins lisse et forme une carapace dense de 4,5 cm, l’extrémité d’une tuyère longue de 5 cm se remarque à partir de 4 cm de la base. Elle adhère à la masse et s’incline à sa sortie en un angle de 12°. On remarque une remontée de scorie dans la partie interne de la tuyère, en un bouchon.
Sur la face interne de la pièce, on observe une scorie bulleuse qui s’est formée pendant le refroidissement du fourneau (P. Fluzin, 2002 : 62). Du minerai concassé non réduit est incrusté dans cette scorie bulleuse.
Enfin, une excroissance oblique de cordons de 6,5 cm, part de la base de la pièce et évoque une évacuation des déchets de réduction par un orifice basal du fourneau.
Nous comptons deux (2) pièces de ce type dans la collection dont les mensurations de la seconde sont : hauteur, 14 cm ; épaisseur, 8 cm ; largeur, 15 cm.

IV.1.5 – La scorie de chenal d’évacuation

Nous avons recueilli deux (2) pièces dans cette catégorie. Elles sont constituées de plaques enveloppant des cordons. La première se présente sous la forme d’un cylindre conique avec une enveloppe métallique dense de 1,5 cm d’épaisseur, d’aspect lisse, enserrant des scories bulleuses. Longue de 21 cm, avec un diamètre à la base de 13 cm et de 9 cm à l’extrémité, cette scorie de chenal a un diamètre interne de 8 cm à la base et de 6 cm au bout (photographie n°9). La seconde, qui est du même type, est légèrement plus grande que la première avec une longueur de 29 cm sur une largeur à la base de 15 cm. La carapace métallique qui enserre l’écoulement bulleux est de 2 cm d’épaisseur.
 
 

Photographie n°9 : Scorie de chenal d’évacuation du laitier (Cliché A. J-P. Ndanga, 2004)

Vers la base de cette pièce se remarque au sommet de la scorie bulleuse un épanchement de cordons provenant d’un écoulement oblique en hauteur. Enfin l’extrémité de la pièce dans le sens de l’écoulement des scories comporte des cordons coulés.

IV.1.6 – Les scories cordées

C’est le type le plus fréquent dans les fouilles en plus des autres types de scories de formes allongées et fines, parfois difformes, quelquefois arborescentes, etc. Nous avons retenu trois (3) spécimen dans un lot de 113 pièces. Le premier est long de 20 cm pour une largeur de 11 cm et une épaisseur de 5 cm. Sa forme est quelque peu arquée dans le sens de l’épaisseur. La face ventrale possède des inclusions du lit de la coulée. De couleur noire et sans oxydation, elle présente le même aspect que les autres pièces de cette catégorie (photographie n° 10).
Un autre type de scorie assez particulier, est celui dont l’identification n’est possible que par rapport au sens de la coulée des cordons et à leur agencement pendant le refroidissement. La première a une forme sub-cylindrique, une longueur de 12 cm et 5 cm de diamètre. Certains cordons ont leur extrémité arrondie augurant une coulée figée. La base a une cassure nette tandis que l’extrémité opposée est arrondie avec des cordons aux bouts ronds permettant d’affirmer que cette scorie s’est écoulée obliquement.
La seconde, de forme plate, a une face ventrale contenant des inclusions de sable et de petits cailloux de la surface sur laquelle elle a coulée. La base est arrondie et exempte de cassure. La face dorsale offre deux (2) excroissances des cordons de déversement oblique dont l’une dispose d’une concavité montrant le sens de la coulée des cordons.

 

Photographie n° 10 : Fragment de scorie cordée (Cliché A. J-P. Ndanga, 2004) 

Cette même protubérance présente une cassure horizontale, confirmant une fracture de la scorie lors de son extraction. Cette scorie permet de penser qu’elle a été formée par une coulée oblique, avec un réceptacle horizontal. Autrement dit, elle ne proviendrait que d’un dispositif d’évacuation basale du fourneau avec un épanchement oblique.

IV.1.7 – La tuyère

Le fragment de tuyère à une extrémité scorifiée provenant du carré B3 (photographie n°11) a pour dimensions 17 cm de longueur, 7 cm de diamètre extérieur, 4 cm pour l’intérieur et 1,5 cm d’épaisseur de la paroi. Un enduit de scorie affecte 4,4 cm sur une extrémité.
 
 

Photographie n° 11 : Fragment de tuyère (Cliché A. J-P. Ndanga, 2004)


IV.1.8 – Divers

La pièce collectée sur un gisement d’activités secondaires près de la butte du Point I est une lame. La lame est longue de 9 cm, large de trois dans sa partie maximale, épaisse de 0,4 cm. Sa forme est fusiforme et elle ne porte pas de soie. Son apparence physique reste acceptable malgré son oxydation poussée.
Le charbon de bois prélevé à - 45 cm et a été envoyé au Centre des Sciences de la Terre de l’Université Claude Bernard, Lyon 1. Le résultat de l’analyse par le carbone 14 est le suivant : Ly-12148 :1580 +/- 40 BP et en âge calibré : de 406 à 596 après Jésus-Christ.

IV.2. – LES ARTEFACTS DU POINT II

Les pièces à décrire se repartissent comme suit : quelques éléments de soufflerie ou de foyer, quatre (4) fragments centimétriques ou décimétriques de paroi de four, 29 de tuyères à extrémité scorifiée ou en connexion avec un bout de paroi de foyer. Les fragments de tuyères sont nombreux dans les carrés C1 et D2. En revanche, les fragments de parois de foyer de forge sont distribués dans les carrés B5, C2 et D2.

Les tessons de céramique ont comme caractéristiques un fond plat, des bords à col, déversé ou inversé voire droit, un décor associant des incisions et des impressions. Le poinçonnage est aussi présent mais quantitativement infime. Les formes sont carénées ou ovoïdes (photographie n°12).



Photographie n°12 – Vase caréné à fond plat et ovoïde à pied (Cliché : A. J-P. Ndanga, 2004)

 
Du charbon de bois prélevé dans les carrés A1 et C3 à - 20 cm a été envoyé pour une datation radiocarbone au laboratoire de Lyon I. C'est l'échantillon du carré C3 qui a fait l'objet de l'analyse. Le résultat de l'examen est : Ly-12149:1620 +/- 45 BP ou en âge calibré : 342 à 538 après Jésus-Christ.

2.1 – Etude des pièces du secteur 1

Nous avons recueilli 1756 artefacts dont une (1) pièce métallique, une noix de palme calcinée, deux loupes, 1308 tessons de céramiques, 296 scories de cinglage ou de forge, 289 minerais, un morceau ocre rouge, 56 pièces lithiques, 34 fragments de tuyère et de four, du charbon de bois. La céramique fera l’objet d’un article spécifique.

2.1.1– Le matériel lithique

Nous avons récolté 56 pièces provenant de la région de Bangui et parmi lesquelles une enclume en pierre. Elle est de forme rectangulaire, longue de 18,5 cm, large de 15 cm et épaisse de 6 cm dans le carré B3. Des ‘’étoilures’’ affectent la face dorsale, surtout au centre et à l’une des extrémités. Un enlèvement de trois (3) centimètres s’observe sur le bord droit de la pièce (photographie n° 13).
L’autre face de cette enclume est plane et polie. Elle a dû servir de pierre à aiguiser ; malgré sa fonction première qui est un socle de percussion. Ceci se voit par un enlèvement de 4 cm de longueur et 3,5 cm de largeur à la base de l’une des extrémités.
Une molette reconstituée à partir de deux pièces dont l’une dans le carré C3 et B3 montre aussi sur les deux faces des différences comme celles de l’enclume. L’une affectée de traces de percussions et l’autre polie par le va et vient de la pièce sur une surface dure (photographie n° 13). Elle est longue de 9,1 cm, large de 3,3 cm et d’une épaisseur de 5 cm.
 

Photographie 13 : Point II, Secteur 1, enclume en pierre (Cliché:A. J-P. Ndanga)

Un fragment de molette est aussi présent dans le carré B1. Sa longueur est de 12 cm et sa largeur est de 6,5 cm. Cette pièce est complètement cassée et n’offre qu’une seule face et deux bouts mesurant chacun 5 ou 6 cm.
En plus des molettes, une pierre à aiguiser provenant du carré B4 présente un tablier de 12,5 cm de long, tandis que la pièce en fait 16. La largeur maximale est de 12 cm ayant une hauteur basale de 9,5 cm et celle de l’extrémité opposée est de 5 cm. Ce qui permet une inclinaison permettant à celui qui travaille d’avoir une stabilité de son outil et surtout une pente qui admet un travail sans beaucoup d’effort.
Les différentes autres pièces lithiques sont des éclats de percussions, ayant une face d’éclatement et parfois une conchoïde.

IV.2.1.2 – Les artefacts métalliques

La pièce métallique est une lame de sagaie d’une longueur de 11,2 cm, d’une largeur de 3,4 cm et d’une épaisseur de 0,7 cm. De forme spatulée, cette pièce portant une soie de 4 cm et une pointe tronquée a été recueillie dans le carré C1.
Dans cette catégorie, nous avons recueilli deux loupes de fer d’un poids de 140 g. La loupe, matière première de la forge n’est apparente que dans le carré D2.
Les autres pièces métalliques sont 106 scories comprenant les types ‘’légères’’, les billes, les scories de parois de four de petite épaisseur, des larmes, le tout pesant 1,120 kg.

IV.2.1.3 – Les éléments de foyer de forge

Nous avons recueilli quatre (4) fragments centimétriques ou décimétriques de paroi de four, 29 de tuyères à extrémité scorifiée ou en connexion avec un bout de paroi de four. Les fragments de tuyères sont nombreux dans les carrés C1 et D2 où le premier carré a 6 unités et le second en compte 12. En revanche, les fragments de parois de foyer de forge sont distribués dans les carrés B5, C2 et D2.

IV.2.1.4 – Les blocs de latérite

Une part revient aux petits blocs de latérite qui serviraient de dégraissant dans la pâte de la céramique. Nous reviendrons sur cet aspect un peu plus tard. Toujours est-il que nous comptons 285 blocs de latérite, dont une partie laisse voir des traces de feu (35 échantillons). La totalité pèse 2,610 Kg. Ces petits blocs sont de même type que le minerai recueilli au Point II secteur 2.

2.1.5 – Divers

Une noix de palme calcinée a été recueillie dans le carré C3 et un petit bloc d’ocre rouge dans le carré B4. Quelques débris de noix de palme se font voir de ci de là dans les déblais.
Les fouilles du Point II - secteur 1, carré C1, ont permis de récolter une lame de sagaie de très petite taille. Elle mesure de la pointe à l’extrémité de la soie 11,2 cm, une largeur de 3,1 cm et est épaisse de 0,5 cm. Le pédoncule fait 5,5 cm tandis que la lame n’a que 5,7 cm.
Le charbon de bois prélevé à – 15 cm a été envoyé au Laboratoire de Datation par le Radio Carbone de l’Université Claude Bernard, Lyon 1. Le résultat de l’analyse par le carbone 14 est : - 1620 +/- 45 BP soit en age calibré : de 342 à 538 ap. J.-C.

2.2 - Résultats du Point II, secteur 2 et 3

Si ces secteurs n’ont pas offert beaucoup de mobiliers, leur identification et leur contenu sont édifiants pour une chaîne opératoire métallurgique.

2.2.1 – Le grillage
Les blocs de latérite passés au feu ont été récoltés dans l’amas des carrés A1 et A2. D’un poids total de 4, 5 kg, quelques pièces ont perdu en partie leur enduit noirâtre, ce qui permet de voir la couleur rouge sombre de la roche. Ils seraient probablement le minerai utilisé pour l’obtention du fer (photographie n°14).

Photographie n° 14 : Morceaux de minerai (Cliché : A. J-P. Ndanga, 2004)

 
2.2.2 – Le foyer de cinglage
Les pièces récoltées pendant les fouilles de cette aire d’activité comprennent un fragment de tuyère en connexion avec une paroi de foyer dans le carré C2, des scories de cinglage (photographie n°15), des tessons de céramiques et des résidus de cinglage. La tuyère est sectionnée longitudinalement et possède un enduit ferreux sur l’extrémité en connexion avec la paroi, tout comme la face interne de la paroi du foyer (photographie n°15). De l’ouverture interne de l’extrémité scorifiée de la tuyère à l’autre, le diamètre est de 3 et 6,1 cm, sur une longueur totale de 11,5 cm. L’épaisseur de la tuyère est de 1,5 cm tandis que la hauteur interne de l’ensemble tuyère et paroi fait 11,7 cm.
 
 

Photographie n°15 : Fragment de paroi de foyer et de tuyère du Secteur 2
 Scories de cinglage du Secteur3 (Cliché, A. J-P. Ndanga, 2004)

 
Un cercle de 30 cm de diamètre de terre cendreuse et rubéfiée s’observe dans le carré D3 à environ 60 cm de la pièce décrite ci-dessus.

IV.3 – EXAMEN DES PIECES DU POINT III

Nous avons récolté 321 fragments d’anneaux, 4 amas d’anneaux, différentes lames dont deux de hache (une reconstituée), une de houe, cinq de sagaies (dont un fragment reconstitué), quatre de poignard, deux pédoncules, une pièce plate non identifiée, une barre aux extrémités spatulées, un grand collier et un bracelet spiralé. En dehors de ce collier, la quasi-totalité des anneaux sont des contenus de vases.

IV.3.1 – Les anneaux et les colliers

Dans cette classe, nous distinguons les anneaux, simple cercle métallique se portant au doigt ou à l’oreille, du collier qui est de grande dimension et qui se porte autour du cou ou de la cheville.

IV.3.1.1 – Les colliers

Nous comptons dans cette catégorie trois (3) pièces dont un collier ouvert (dit grand collier) pesant 2,2 kg. Les diamètres intérieur et extérieur sont compris entre 11,5 cm et 13,5 cm. C’est une pièce d’une épaisseur centrale de 3 cm et à section rectangulaire, plate dans la tranche qui fait 4,2 cm au milieu de la pièce (photographie n°16). Les extrémités sont par contre rétrécies et de section cylindrique. Ce collier est très oxydé et des fragments s’en détachent à la moindre manipulation.
La seconde pièce est un demi-cercle de 8,7 cm de diamètre interne, de 11,6 cm de diamètre externe et le diamètre du cylindre du métal est de 1,8 cm. Cette pièce provient du récipient du carré A1 qui est en connexion avec un amas d’anneaux (photographie n°16). Ils sont très altérés ce qui ne permet pas leur extraction.
Toutefois, on peut remarquer un petit anneau ouvert sur la grande branche de la pièce, ayant un diamètre de 2 cm. Collés au milieu du demi-cercle, il y a trois (3) blocs d’anneaux enchevêtrés dont les deux groupes de part et d’autres ont un diamètre de 4 cm et le bloc du milieu est identique à celui de petite taille (2 cm), décrit plus bas.
 
 
 

Photographie n° 16 : Fragment de collier en connexion avec amas d’anneaux et collier de 2kg (cliché : A. J-P. Ndanga, 2004)

 
La troisième pièce s’est complètement fragmentée pendant son retrait. C’est un bracelet spiralé de 17 cm de long et au diamètre externe de 6 cm. La partie en contact avec le sol a disparu et les spirales se sont collées les unes aux autres ne permettant pas leur décompte.

IV.3.1.2 – Les anneaux

C’est la catégorie de pièces qui compte le plus d’unités, parce qu’elles sont très fragmentées à cause de la rouille (photographie n°17). D’autre part, leur séjour dans des vases en céramique pour la majorité est la cause de cette détérioration, car le récipient garde facilement les liquides, telle l’eau. La fragmentation de ces pots est une autre cause ; les anneaux sont en contact direct avec le sol qui retient aussi l’humidité en saison sèche et est engorgé pendant la période des pluies.
 
 

Photographie n°17 : Point III, Anneaux enchevêtrés et fragments d’anneaux provenant d’un pot (Cliché:A. J-P. Ndanga, 2004)


Nous comptons un anneau ouvert dont le diamètre interne est de 1,2 cm ; 2,5 cm externe et 0,8 cm du cylindre métallique. Il est surmonté d’un demi-cercle ayant les mêmes mensurations et un fragment d’un anneau collé latéralement s’observe à l’intérieur de la pièce. Cette pièce pourrait être une boucle d’oreille. Des pièces de même type ont perduré jusqu'à l’époque coloniale, de part les photographies d’archives (G. de Banville, 1985 ; Y. Boulvert, 1989).
La dernière pièce pouvant entrer dans cette catégorie est composée deux (2) blocs d’anneaux collés par l’oxydation. Le premier bloc comprend au moins trois (3) boucles enchevêtrées de 3 cm de diamètre interne, 4,6 cm externe et 0,7 cm de diamètre pour le cylindre du métal.
Le second bloc a les mêmes mesures que le précédent mais nous comptons au moins cinq (5) anneaux dont deux (2) sont fragmentés et il ne reste que des demi-cercles.

IV.3.2 – Les lames attribuables aux sagaies

Nous avons recueilli quatre (4) lames attribuables à cette classe d’objets. Deux (2) proviennent du carré B4 du Point III, auxquels il faut ajouter une reconstitution par des fragments.
La première lame en connexion avec le grand collier est longue de 17,3 cm, avec une largeur maximale de 5,4 cm (photographie n°18). L’oxydation permet de voir la compression de deux feuilles métalliques sur le bord gauche qui est complètement abîmé sur 8 cm et tronqué à la partie basale de la pièce. A cet endroit se remarque la cassure du pédoncule qui a disparu.
Dans le même carré que le précédent, situé entre la barre spatulée et le collier spiralé, une lame fragmentée en trois pièces a été recueillie. Elle a 15,2 cm de longueur sur une largeur maximale (troisième fragment) de 4,8 cm et une épaisseur de 0,7 cm. L’aspect boursouflé du milieu de l’objet permet d’affirmer qu’il a été conçu à partir de deux (2) lames soudées sur les bords de la pièce. Le départ du pédoncule est perceptible à la base de l’objet. Le bord droit est complètement corrodé, ce qui donne une forme courbe et trompeuse à la pièce.
 

Photographie n°18 : Lames corrodées de sagaie en fer (Cliché : A. J-P. Ndanga, 2004)

 
La reconstitution à partir de quatre (4) fragments recueillis dans le carré B4, nous a permis d’avoir un morceau d’une lame attribuable à la catégorie des sagaies. Cette pièce présente une amorce de pédoncule à la base. Elle mesure 8,3 cm dans sa longueur maximale, 5,5 cm de large et épaisse de 0,5 cm. La brisure de la pièce fait remarquer distinctement la méthode de forgeage qui se fait par la soudure sur le tranchant de deux pièces plates.

IV.3.3 – Les lames de poignard

Nous comptons trois (3) lames de poignard issus surtout du carré B4 du Point III. Ajoutons à ces vestiges une lame prélevée pendant le creusement d’une fosse au Point IV, en face du Point II, sur la rive gauche de Ngongonon.
 
 

Photographie n°19 : Point III, Lames oxydées de poignards courbe et triangulaire. (Cliché:A. J-P. Ndanga, 2004)

 
Le premier des poignards est une lame reconstituée à partir de deux (2) morceaux. Elle mesure 10 cm de long, 4 cm de large, 0,8 cm d’épaisseur. De forme sub-rectangulaire, un fragment détaché d’un bord permet de voir la structure interne de la pièce. Elle se présente comme deux lames compressées que l’oxydation a pu dissocier, sauf sur les bords. En contexte, il était en connexion avec le grand collier.
Le deuxième est une petite lame courbe sur le dernier tiers de la pointe. Issue du carré B4, elle se trouve entre le collier spiralé et la barre à mine. Elle mesure 10 cm de la soie cassée à l’extrémité. Sa largeur maximale est de 2,9 cm et elle a un pédoncule de 3 cm (photographie n°19). La forme particulière de cet instrument intrigue quant à son usage. Son oxydation est extrême.
Le dernier qu’on peut mettre dans cette classe d’objet est la partie basale d’une pièce longue de 4,5 cm, large de 3,5 cm. Le départ d’un pédoncule à la base de la lame se remarque bien sur la pièce.

IV.3.4 – Les instruments aratoires

Les deux pièces, une houe et une hache, qui entrent dans cette catégorie proviennent du carré B4.
La hache mesure 12 cm de long, sur une largeur au tranchant de 4,5 cm et une épaisseur maximale de 1,4 cm (photographie n°20). Elle se situe entre le collier spiralé et la barre à mine. La pièce est fragmentée en deux (2) parties et malgré sa dégradation due à la rouille, on n’observe pas la feuillure de deux plaques remarquée sur les lames. Donc, la hache a été forgée dans une pièce de fer unique.
 
 

Photographie n°20 : Fragments corrodés de houe et de hache (Cliché : A. J-P. Ndanga, 2004)

 
La lame de houe a été recueillie en connexion avec le grand collier. Elle est tronquée sur le bord gauche sur 8,5 cm. Elle a une forme spatulée caractéristique de cet instrument qui s’utilise encore de nos jours dans la région de la Lobaye. Elle est de 13 cm de longueur, sur une largeur au tranchant de 6,7 cm et à la base, de 2,7 cm. Elle est très dégradée et l’on note la technique de soudure déjà évoquée pour les lames. La seconde qui provient d’un ramassage de surface au PII-S1 n’a gardé que la partie basale et elle est identifiable grâce aux travaux de L. Koté qui en a trouvé un similaire sur le site de Batalimo. Elle est longue de 12 cm, large de 5,6 cm et elle a une soie de 8,8 cm. La soie a une section rectangulaire et le métal est épais de 1 cm (photographie n°20).

IV.3.5 – La barre de fer spatulée
 
C’est la surprise de ces fouilles car une telle pièce ne s’est pas vue dans les travaux archéologiques effectués dans le pays jusqu’à nos jours. La barre fer spatulée est en diagonale dans les carrés B4 et A3. C’est la partie centrale de la pièce qui affleurait à cause de l’érosion intense dans cette partie du site.

Photographie n°21 : Barre de fer spatulée (Cliché : A. J-P. Ndanga, 2004)

 
Elle est longue de 115 cm et pourvue à chaque extrémité d’une spatule à tranchant arrondi ou transversal. La spatule à tranchant transversal est longue de 14 cm, une largeur maximale de 9,7 cm, au fil, de 6,7 cm et une épaisseur de 0,9 cm à 4 cm de l’extrémité (photographie n°21). La spatule à tranchant transversal est longue de 17,8 cm, a une largeur maximale de 11,4 cm et une épaisseur à 6 cm au bout de 1,1 cm. Le cylindre de la barre a 60 cm de long pour 4,9 cm de diamètre tandis qu’à proximité des spatules, elle se rétrécit jusqu’à 3,8 cm. Très oxydée, cette barre à mine se dégrade facilement, surtout les spatules qui sont assez minces.
IV.3.6 – Divers

Nous mettons dans cette classe, les pièces qui ne sont pas formellement identifiées ou qui n’ont pas une fonction formellement identifiée. Nous les nommons à titre indicatif. Il s’agit de quatre (4) pièces dont trois (3) pédoncules (?) et une plaque rectangulaire de fer.
Le premier pédoncule est long de 13,3 cm, un diamètre de 0,9 cm et une largeur au départ de la lame de 2,5 cm. Fragmentée en trois morceaux et reconstituée, cette pièce n’est attribuable ni à la catégorie sagaie, ni à celle des couteaux du fait de l’épaisseur de la base de la lame qui est de 1,3 cm. L’observation de la cassure montre nettement les deux feuilles de fer et leur soudure sur les bords. Aucune lame de la collection n’a cette épaisseur.
Le pédoncule suivant est un cylindre irrégulier de 10 cm de long et d’un diamètre de 1,7 cm. L’une des extrémités est plus ou moins plate du fait de l’oxydation qui affecte toute la pièce.
La dernière soie est une pièce plate de forme triangulaire ayant une longueur de 8,3 cm, une largeur maximale de 3,7 cm, une épaisseur de 0,7 cm. Elle est très rouillée d’où le fractionnement en deux (2) pièces et sa reconstitution.
Cette pièce métallique a 6,6 cm de longueur sur une largeur de 3,8 cm et une épaisseur de 0,7 cm. Elle est plate et de forme rectangulaire pouvant servir à la fabrication de lames. Elle est très oxydée mais on n’observe pas la boursouflure qui affecte les lames sur celle-ci.
Les travaux de terrassement pour la construction d’une maison au Point IV, nous ont permis de prélever une lame d’une très belle allure. Ce couteau mesure 33,2 cm de la pointe au pédoncule. Sa largeur maximale est de 5,8 cm et son épaisseur de 0,3 cm. La lame, elle-même est longue de 22 cm, tandis que la soie fait 11,2 cm et se termine avec un bout très effilé. Cette pièce est physiquement comme la précédente.
L’analyse des différentes pièces a permis de déterminer les ateliers de la chaîne opératoire de la métallurgie de Pendèrè-Senguè. Il serait à ce stade de l’analyse, souhaitable d’ébaucher le scénario plausible, induit de ce matériel, dans le chapitre suivant.

V. ESQUISSE D’EXPLICATION

Notre interprétation déductive s’articulera autour de la chaîne de production du fer et des aires d’activités. En plus, des hypothèses sur l’implication sociale de l’utilisation du métal ferreux à Pendèrè-Senguè et le contexte paléométallurgique dans la région forestière de la République Centrafricaine seront envisagés.

V.1 – Les dispositifs techniques de Pendèrè-Senguè

L’examen des vestiges de Pendèrè-Senguè permet de spécifier les procédés mis en route pour acquérir le fer. La chaîne opératoire et les différentes opérations techniques sont ici proposées.

V.1.1 – Le prétraitement du minerai

Il est souvent difficile de retrouver les traces archéologiques du prétraitement fait avant la réduction d’un minerai. Mais le Secteur 2 du Point II, nous offre au moins une indication de cette opération. Toutefois, la question principale serait de savoir la provenance de la matière première et sa nature. Quelques indications peuvent être retenues.
Divers types de carrières de minerai de fer (souterraines, à galeries et à ciel ouvert, à fleur de sol) sont connus en République Centrafricaine et elles ont été exploitées jusqu’à une époque très récente (L. Koté, 1992 : 108; F. Yandia, 1994 : 82 ; S. Gotilogué, 1996 : 17). Elles donnent différents minerais avec des teneurs diverses en fer.
En effet, d’après les analyses faites par F. Yandia (1994 : 72) sur des échantillons de minerai (hématite) provenant des carrières de surface (cuirasse latéritique) au nord-ouest et au nord-est de la Centrafrique, la teneur des échantillons est sensiblement la même ; dans l’ordre de 40 %. L. Koté (1992 : 252) qui a effectué pareille analyse donne le chiffre de 74 % pour un minerai de magnétite. La localisation de ce dernier échantillon est géographiquement proche de Bangui mais le spécimen est différent du minerai de Pendèrè-Senguè.
En effet, le minerai rencontré au Secteur 2 du Point II est constitué de morceaux de cuirasse latérite grillée. Ce qui signifie qu’il a subit un traitement attesté. Des exemples de tel minerai ont été déjà rencontrés en République Centrafricaine (F. Yandia, 1994 : 72 ; S. Gottilogué, 1996 : 17 ; Y. Monino, 1983 : 288). Le dépôt de minerai grillé que nous avons exhumé dans ce secteur corrobore les observations faites pendant les reconstitutions des opérations de réduction au Burundi (G. Celis, 1991) et par la tradition orale en République Centrafricaine (F. Yandia, 1994 : 108 ; S. Gotilogué, 1996 : 16). Il est hautement probable qu’une carrière à galerie et à front de taille ait existé ou une mine souterraine (Y. Monino, 1983 : 189 ; S. Gotologué, 1996 : 17). Nous estimons que celle à fleur de sol ne nécessite pas un outillage élaboré pour l’extraction du minerai.
Si le grillage est, selon le premier auteur, une opération qui ‘’ne revêt aucun caractère technique obligatoire’’ (G. Célis, 1991 : 104), il est pourtant le plus souvent exécuté, voire systématiquement accompli, d’après d’autres. Il est le plus souvent fait sur un bûcher de bois ou dans le fourneau de la structure de réduction. Le grillage est souvent précédé d’un lavage qui est archéologiquement indécelable et il est suivi du concassage qui peut se voir sur les petits blocs de minerai grillés. Ces opérations sont rapportées par la tradition orale dans les régions centrale et occidentale de la République Centrafricaine (F. Yandia, 1994 : 109) ; S. Gotilogué, 1999 : 17). Pendèrè-Senguè atteste donc du grillage et du concassage de minerai de fer avant la réduction. La reconstitution de Y. Monino en région Gbaya atteste que ‘’le minerai doit être grillé près de la fonderie pendant deux heures sur un bûcher de fagots et d’écorces, puis être concassé partout en pierre d’une grosseur de noisette’’ (Y. Monino, 1983 : 289). Il reste la question de la provenance de ce minerai qui sera analysée plus loin. Le prétraitement du minerai n’est qu’un prélude à la réduction.

V.1.2 – La réduction

Le mélange des scories dans un ferrier ne permet pas d’individualiser leurs provenances selon les ateliers. Le ferrier n’est qu’une partie de l’aire de l’atelier de réduction. Dans le cas de Pendèrè-Senguè où il y a une concentration de la chaîne opératoire, la prudence est de mise. Toutefois, les différents éléments de fourneaux collectés dans le ferrier, dans un même carré, feraient admettre une provenance de structure unique pour chaque spécimen. Leur identification nous offre la perspective de considérer plusieurs types de fours en usage sur ce site. Ainsi, il existe au moins deux types de fourneaux : à petites mensurations et au dessus du sol, ou en fosse. Un essai de reconstitution du premier type de fourneau a été tenté.

V.1.2.1 - Essai de reconstitution d’un fourneau
L’analyse des différentes scories donne un aperçu synoptique du four. Il est certain qu’elles sont issues d’une construction similaire si ce n’est de la même structure. Elles constituent environs 70% de la structure entière de part les objets collectés. Elles se présentent et s’agencent comme suit, vues de profil :
- La scorie de bord est de forme déversée et bien arrondie sur sa face interne et sur la partie sommitale de la pièce. Le bord de ce four est lisse mais a un aspect compact et lisse. A partir de 7 cm sur la face interne s’observent des alvéoles de scories bulleuses. Sur la face externe de la pièce, juste à la fin de l’ourlet du bord, un espace vide de 3 cm de profondeur se remarque. La colonne en terre qui l’a occupé a disparu. L’arc de la courbe donne un aperçu de la forme du gueulard du four. Le four à l’ouverture est sans nul doute circulaire.
- La scorie de paroi ventrale à double connexion de tuyères donne un élément essentiel quant au volume du four. Les petites dimensions suggèrent une masse de minerai peu importante que peut recevoir la structure. Des études métallographiques sont à mener pour une bonne compréhension des opérations de réduction au cas où le minerai est auto-fondant ou admet un fondant, et de la quantité de gangue rejetée pendant les opérations.
- Les dimensions du fourneau et l’angle formé par la sortie de la tuyère suggèrent l’utilisation d’un système de soufflerie pour l'admission du comburant. Il serait hautement improbable qu’un fourneau de cette taille puisse utiliser une ventilation libre. Remarquons que le procédé contraire, bien connu par les reconstitutions des anthropologues, suppose toujours un fourneau à colonne permettant un effet de cheminée important (G. Celis, 1991 : 175).
Ainsi, le four est de petite taille (figure n°8). Sa construction a dû se faire à partir d’un trou hémisphérique d’une dizaine de centimètre de profondeur sur lequel se trouve une construction en argile dont une trentaine de centimètres émergent du sol. La paroi de terre (pisé ?) aurait trois (3) centimètres d’épaisseur. Ce qui donne un pot assez rigide à cause de ses mensurations modestes hors du sol.
Il se présente comme une cuve d’une trentaine de centimètres de diamètre à l'ouverture et d'une quarantaine de profondeur interne. Une colonne en pisé a pu être le fourneau originel dont la cuve s'est scorifiée à la suite des travaux à répétition de réduction.
Il a pu servir uniquement aux travaux d’affinage car la légèreté des éléments le suggère. En principe les éléments d’une opération de réduction sont lourds, denses et massifs ; ce qui n’est pas le cas du four reconstitué.
Mais la complexité des méthodes de réduction et la multitude de types de fourneaux en usage dans les fonderies africaines ne se prêtent pas à des affirmations catégoriques. Cette opération se pratique en foyer comme dans un four.
En effet, des fourneaux du type de la reconstitution ont servi à la réduction en République Centrafricaine. Une batterie a été découverte par F. Yandia au site de Lima II, près de Bocaranga dans l’Ouham-Pendé (F. Yandia, 1994: 87). Selon l’auteur, les deux (2) fourneaux ont des mensurations de l’ordre de 30 cm à l’ouverture et une profondeur de 40 cm.
 
 

Figure 8 : Essai de reconstitution du fourneau à partir des scories;
1- bord, 2- paroi, 3 – tuyère, 4 –fond de four, 5 – chenal d’évacuation, 6 – cordée.
 

Un chenal d’évacuation des scories est aménagé, tandis que l’air se propulse dans le four à partir du gueulard. Il conclut en disant que ce type de fourneau est certainement de tradition forestière en se référant aux travaux de L. Koté (F. Yandia, 1995 : 118).
Selon, L. Koté (1992 : 320), le fourneau en usage à Bobélé (Batalimo) est de petites dimensions, comportant une soufflerie. Il s’agit d’une structure en argile d’une hauteur de 5 à 10 cm et d’un diamètre de 30 à 40 cm. Cette structure surmonte une fosse de 30 à 40 cm de profondeur dont les parois n’ont subi aucun aménagement et dont le fond est tapissé de tessons de céramique.
Par ailleurs, l’angle de sortie de la tuyère (cf. p : 17, photographie n°8) permet d’entrevoir le type de soufflet qui serait en usage dans la fonderie de Pendèrè-Senguè. Il peut avoir de grandes dimensions car 17° d’angle suggère une tuyère haute, donc un appareillage grand. Mais la possibilité de soufflets appuyés sur support est aussi crédible.
La structure reconstituée de Pendèrè-Senguè est assez proche des fours à réduction connus en Centrafrique. Il est hautement probable que celui reconstitué soit utilisé pour la réduction. S’il a servi à la réduction, il doit admettre du minerai concassé de part sa contenance et le fonctionnement permettrait le processus d’ajout de combustible et de minerai jusqu’à épuisement du stock. Ce procédé ne peut se faire que si le dispositif comprend aussi une soufflerie.
La loupe est prélevée certainement par le chenal d’évacuation et dans le cas où elle est d’une grosseur ne permettant pas ce mode de prélèvement, le fourneau est détruit. Ce qui expliquerait la présence en nombre important des scories de parois avec connexion de tuyère (s) ou d’autres parties du four. Leur concentration en un lieu du ferrier le suggère fortement. Le crassier est un lieu de déjection des résidus post-réduction par excellence. Des exemples comme celui évoqués ont été rapportés pour un site archéologique près d’Agadez (D Grébénart, 1985 : 24) et par les allemands pour la région d’Ekié au Cameroun (J-M. Essomba, 1992 : 131). Mais une autre catégorie de fourneau existe sur le site.
1.2.2 – Le four en fosse
Le second type de fourneau peut s’appréhender par l’analyse des scories de fond de four. Il est certainement du genre fosse bâtie (?).Une reconstitution faite par G. Celis (1992 : 72) en République Démocratique du Congo et au Rwanda donne des précisions par rapport à sa structure et à son fonctionnement.
Il est possible que celui trouvé en contexte archéologique au Congo au site de Tshabouka entre dans cette catégorie (R. Lanfranchi, 1991 : 210). Il a été vu en fonction au Gabon pendant l’exploration européenne (F. Delisle, 1885 : 470). Au Cameroun, J-M. Essomba affirme qu’un tel fourneau, ne comprenant pas de voie d’évacuation de la gangue en fusion, serait utilisé par les Bulu (1992 : 363-364). En République Centrafricaine, l’existence de ce type de fourneau n’est connue que par la tradition orale (L. Koté, 1992 : 202).
La structure, selon L. Koté qui cite la tradition orale et le Lieutenant Lalouel, est une fosse creusée dans le sol à une profondeur plus ou moins grande. Un dispositif en argile est installé au-dessus et près de cela vient l’orifice d’une tuyère en bois reliée à un couple de soufflets. Tout à coté, un trou de forme rectangulaire est aménagé pour recueillir les scories de la réduction. Il permet aussi de surveiller la descente de la gangue en fusion qui annonce le bon déroulement du processus. Celui-ci communique par un boyau avec la structure de réduction (L. Koté, 1992 : 214).
Les scories du ferrier de Pendèrè-Senguè donnent des indications allant vers l’existence d’un dispositif similaire. Les scories de fond de four, dotées de fragments de tuyères, de part leurs dimensions, nous offrent un aperçu de la spécificité du dispositif en usage. Toutefois, les travaux ultérieurs peuvent confirmer ces premières observations en marquant les différents éléments du dispositif de réduction, ce qui permettra une bonne compréhension du fonctionnement de ce fourneau. Un essai de reconstitution à ce stade de recherche serait conjecturel car, l’élément pouvant le permettre est infime (une seule scorie).
Nous pouvons retenir que c’est une cavité de petites mensurations (35 cm de diamètre, 50 cm de profondeur) ayant une adjonction de tuyères obliques touchant le fond du creux. H. Zana qui a découvert un fourneau de ce type, donne les mensurations proches de celles que nous avons retenues pour Pendèrè-Senguè. Mais la profondeur diffère un peu car elle est de l’ordre de 90 cm à Sabèlè (H. Zana, 1994 : 72).
Les derniers instants de la réduction laissent des scories denses qui moulent le fond de la fosse. Des cordons des scories épousent le chenal oblique d’évacuation aménagé à cet effet. Ces scories (fond de four ou de chenal d’évacuation) indiquent bien le processus d’évacuation du fourneau. Celles-ci sont moulées et se présentent comme des cylindres coniques et d’épanchement oblique. Ce type de fourneau s’appuie parfois à une butte comme celle des termitières fossiles de Macrotermes bellicosus Ruelle (A. J-P. Ndanga, 1996 : 67 ; Y. Monino, 1983 : 290). Après la réduction du minerai, la loupe est affinée par une opération thermomécanique ou cinglage.
1.3 - Le cinglage
L’épuration de la loupe de fer peut se faire à chaud pour évacuer les impuretés telles les scories et la cendre ; le résultat est la densification du métal (P. Fluzin, 2002 : 65). Les Secteurs 2 et 3 du Point II ont une couche archéologique constituée exclusivement de scories de cinglage, des éclats lithiques et des tessons de céramiques. Remarquons que le fragment de la structure de foyer et les pièces susmentionnées donnent une indication importante et surtout intéressantes sur les opérations effectuée à cet endroit.
En effet, le cinglage commence souvent une fois que la loupe est extraite du fourneau. Elle (la loupe) est battue pour enlever les scories qui adhèrent au bloc du métal (S. Gotilogué, 1996 : 19 ; G. Célis 1991 : 61). Parfois, elle est laissée dans le fourneau jusqu’à refroidissement de l’ensemble et l’épuration s’effectue après réchauffe du métal. Deux procédés s’offrent dans cette perspective.
La première est la fragmentation en petits morceaux et ceux-ci sont affinés dans une structure spéciale avec coulée de scories caractéristiques (P. Fluzin, 2002 : 65 ; B. Martinelli, 2002 : 177).
La seconde méthode est comme la première, un morcellement de la loupe et l’épuration finale se fait en forge (S. Gotilogué, 1996, 19 ; P. Fluzin, 2002 : 65).
Nous considérons que le cinglage s’effectuait dans un foyer bâti et ventilé avec des soufflets. La structure serait certainement une fosse d’une dizaine de centimètres de profondeur aux parois maçonnées admettant au moins une tuyère sur le bord (cf. p : 30, photographie n°15).
L’observation des pièces de ce secteur nous permet d’évoquer un double emploi de ce lieu. Cet atelier sert à la fois au grillage du minerai et au cinglage de la loupe. La présence d’un élément de la structure du foyer dans lequel cette opération s’effectue confirme le réchauffage de la loupe avant le forgeage. C’est pourquoi, nous avons divers types de scories (légères, coulées, billes, etc.) issues de l’opération de raffinage. Aucune scorie dense ou lourde pouvant évoquer la réduction n’est recueillie dans les fouilles. Mais la présence de minerai concassé et grillé donne aussi des indications sur la seconde utilisation de cet endroit.
Si la loupe est cinglée pour être densifié, l’étape suivante dans la chaîne opératoire consiste à l’élaboration des produits manufacturés, adaptés à des utilisations diverses.

1.4 - La forge
La forge est un élément essentiel de la chaîne opératoire de la sidérurgie. C’est un atelier où aboutissent les produits de la réduction et où partent les objets prêts à la consommation.
Les forges actuelles ne comportent pas assez de matériel. Elles se composent d’un foyer, d’une soufflerie, d’une ou plusieurs enclumes en fer, et de divers outils de martelage et de prise.
Les ateliers de forge archéologique n'affichent pas non plus une importante panoplie d’objets. Dans le cas de Pendèrè-Senguè, nous avons une enclume en pierre, des éclats lithiques à faces polies ou martelées, de la cendre, une fosse, des fragments de tuyère, différents types de scories, deux fragments loupes et du sable fin de couleur blanche.
L’enclume est la pièce maîtresse du dispositif car toutes les pièces issues de la forge doivent subir un traitement sur cet outil. Celle en pierre issue des fouilles, témoigne bien de l’utilisation de cet objet dans ce but. On remarque les traces des coups portés sur l’objet (stigmats de percussions, négatifs d’éclats, traces de fer…). Le sol de la périphérie immédiate de l’enclume est rouge d’oxyde dû certainement à la production des battitures (petites plaquettes d’oxyde de fer qui se détachent du métal en cours de forgeage) qui malheureusement n’ont pas été retrouvées. La périphérie de l’enclume de couleur rouge montre effectivement la présence de ces éléments qui disparaissent assez facilement avec le temps (P. Fluzin, 2002 : 70).
Les pièces qui ont subi une transformation thermomécanique sont par la suite trempées dans un liquide contenu dans une fosse (le carré B4) qui se trouve à un (1) mètre du foyer. Le trempage d’une pièce métallique est un procédé thermochimique qui donne une rigidité à la pièce. La trempe est une opération assez délicate car elle demande une bonne coordination entre la température de l’objet à tremper et l’agent chimique tel que l’eau (salée, ordinaire), l’huile (D. Grébénart, 1985 : 34).
Les observations relatives à la fosse ne nous permettent pas d’affirmer que de l’huile a été utilisée. Par contre, l’échantillon de sol recueilli permettra, par son analyse, de déterminer la nature du liquide employé.
Les différents éclats lithiques dont certains ont des talons, des conchoïdes et des faces portant des marques de martèlement sont certainement issus, soit des outils de percussion, soit de l’enclume.
La présence des éclats de quartz peut s’expliquer par les travaux de finition des pièces forgées. Un témoignage à la fin du XIXe siècle au Gabon le rapporte. Selon F. Delisle (1885 : 473), les galets ou les éclats de quartz servaient au polissage des objets finis.
Il faut remarquer que les outils de forge de Pendèrè-Senguè sont dans leur grande majorité en pierre ; ce qui n’exclut pas l’éventualité de marteau ou enclume en fer. Dans ce cas examiné, il s’agit certainement du choix de l’artisan car la barre à mine qui pèse neuf (9) kilogrammes permet de comprendre le niveau de technicité des réducteurs/forgerons et de la disponibilité en métal (loupe) dans cette société.
La loupe, matière première du forgeron, est en nombre infime dans la collection des pièces de cette forge. Sa qualité et les autres caractéristiques y attenants ne peuvent être appréhendés car cela nécessiterait une analyse métallographique qui n’a pas été faite pour ce travail. Toutefois, les deux spécimens en notre possession, de grosseurs différentes, ont une forme sphérique et une oxydation périphérique.
Le forgeage d’un objet quelconque demande une certaine dextérité de l’artisan et un savoir-faire concret. Nous avons identifié une technique de soudure de deux plaques en ce qui concerne les différentes lames du Point III ou de la lame de sagaie du carré C1 au Secteur 1 du Point II ; c’est à dire la forge. Les cassures montrent nettement au milieu de la pièce deux plaques d’une assez fine épaisseur et que l’oxydation a décollé sur un écart de 0,2 cm. Les bords sont quant à eux rigoureusement soudés. Cette technique ne se remarque pour le moment que sur les lames de couteaux et de sagaie. La soudure, selon D. Grébénart (1985 :34), se fait à la température de 1150° et 1200° C.
Les parties des pièces à mettre en contact doivent subir une préparation tels le martelage, le nettoyage et l’adjonction d’un fondant. Cela peut être du sable (P. Fluzin, 2002 : 72). Ce qui pourrait expliquer la fine couche de sable fin de couleur blanche qui se trouve à la base de la strate anthropique. On constate qu’une telle technique de soudure implique deux pièces métalliques plates et d’une épaisseur infime. Le forgeron a du souder les bords et comprimer le milieu de la pièce.
Par ailleurs, il se pourrait que cette technique de l’emploi de deux types de fer dont l’un est doux et l’autre dur (de l’acier) soit utilisée ici. Le fer doux est placé au milieu de la pièce et le fer dur ou acier est soudé sur les bords afin d’avoir un bon tranchant. Cette technique s’est déjà vue au Zimbabwe et pour les objets archéologiques du IVe au XVIIIe siècle dans la zone d’origine des Luba (P. de Maret, 2002 :126). Si cette hypothèse se confirme par des analyses métallographiques, les forgerons de Pendèrè-Senguè, seraient parvenus à une haute technicité métallurgique. La confection des objets en forge donne toujours naissance à des déchets relatifs à cette opération.
Les déchets de forge que nous avons recueillis sont des scories informes et très légères pouvant provenir d’un cinglage, travail qui peut se poursuivre pendant les travaux de forgeage. Il est souvent très difficile de reconnaître les différents types de déchets de forge dans un contexte archéologique (P. Fluzin, 2002 :74). Dans le cas de Pendèrè-Senguè où la chaîne opératoire est concentrée dans un périmètre relativement restreint, nous impose la prudence.
Le foyer n’est perceptible que par l’abondance de la cendre dans le carré D1. Si les éléments tels qu’une structure de foyer n’a pas été mise en évidence, toutefois, la présence des fragments de tuyère avec des morceaux de parois, permet d’affirmer qu’un foyer aurait existé avec une petite structure du genre cuvette hémisphérique (S. Gotilogué, 1996 : 18). Ce foyer construit en terre est surmonté par une tuyère de l’appareil de soufflerie. Les traces des scories qui enduisent les fragments collectés seraient dues à l’opération de cinglage qui se faisait dans l’atelier. En effet, la loupe serait liquéfiée et les dernières impuretés s’écouleraient à l’extérieur du foyer. La position de la tuyère dont l’extrémité touche le fond de la structure permet la scorification de celle-ci.
Il est hautement vraisemblable que des soufflets ont été utilisés dans cette forge car il est impensable que des tuyères aient existé dans la forge sans qu’il y ait eu des soufflets. La présence des fragments de tuyère peuvent donner des indications allant dans ce sens. Le reste de l’appareillage de soufflerie serait être en matière organique (bois, feuilles naturelles ou cuir). Ils ne pouvaient pas résister à l’usure du temps et des sols.
L’analyse de l’espace de travail de la forge nous donne un aperçu des dispositifs de l’atelier. Dans un axe nord-sud, 20 m² suffisent pour abriter les différents points des opérations de l’atelier. Le carré D1 est le centre du foyer de forge à cause de la quantité notoire de cendres et des fragments du dispositif de la soufflerie certainement bâtie car les fragments de terre rubéfiée et de tuyères à une extrémité scorifiée en sont les témoins. A 1,5 m, se trouve l’enclume de la forge (carré B3). Le forgeron se soustrait de la chaleur du foyer pour entamer les différentes opérations de transformation de la pièce sur l’enclume. Après cette phase, la pièce est trempée dans le liquide (de l’eau ou de l’huile ?) contenu dans la fosse qui se trouve à moins d’un mètre de l’enclume. Au bord de la fosse se trouve un aiguisoir en pierre pour les opérations de finition comme l’abrasion, l’aiguisage, etc.
Somme toute, la forge met à la disposition des utilisateurs les produits finis dont la description analytique a été faite et dont nous essaierons d’établir les effets induits de leur possession.

V.2 – Les produits finis de Penèrè-Senguè

Les objets métalliques de consommation usuelle (armes, parures, outils agraires ou miniers) recueillis à Pendèrè-Senguè ne peuvent être cernés dans leurs usages que si nous nous référons à la société centrafricaine précoloniale et à celle de nos jours. La différence temporelle qui sépare le IVe siècle du XXIe siècle AD est très importante. Cependant, il est possible que des traits culturels et des aspects de la technologie du fer ou de la céramique, aient perduré à travers le temps. Toutefois dans la sidérurgie du fer, l’Afrique reste encore un vivier où l’on peut étudier in vivo et in situ les dernières survivances de cette activité millénaire (H. Bocoum, 2002 :10).
En fait, les produits manufacturés de Pendèrè-Senguè peuvent se repartir en trois catégories : les armes, les parures et les outils aratoires.
 
V.2.1 - Les armes
Nous appelons armes, les instruments en fer dont la destination première est la défense ou l’attaque par l’utilisation ou la nature de l’objet. Il s’agit de lames de poignards et de sagaies.
En ce qui concerne les poignards, nous avons répertorié au moins trois types de lames dont la plus petite fait 10 cm de long. Elle est courbe et suppose une utilisation particulière de l’instrument. De tels coutelas sont encore en usage dans la population centrafricaine, notamment les ethnies du centre (Mandja) comme du sud-ouest (Mbati, Ngbaka).
En ce qui concerne l’ethnie Mandja, une photo publiée par A. M. Vergiat (1981 :107) nous a permis de croire qu’un outil comparable servait à pratiquer l’excision.
Si cet usage est avéré dans la population Mandja, chez les Mbati et les Ngbaka, il sert encore de nos jours à saigner le palmier pour la récolte de vin de palme. Ce dernier cas indique l’exploitation du milieu naturel car malgré la production agricole que nous analyserons un peu plus loin, cette forme de cueillette vient en complément à l’agriculture itinérante sur brûlis qui s’ancre au néolithique (B. Clist, 1991 : 181-183 ; R. Lanfranchi, 1991 : 155-160 ; P. Vidal, 1990 : 7-17 ; L. Koté, 1992 : 302). De nos jours encore, la cueillette apporte d’abondants produits alimentaires (chenilles, champignons, fruits d’irvingia, feuilles de gnetum spp…) dans la nutrition des populations villageoises ou citadines.
Le deuxième type de poignard et le dernier sont des coutelas ordinaires permettant un emploi classique. Leurs mensurations l’inspirent.
Toutefois, du fait de sa taille, le troisième type est à particulariser. Long d’une trentaine de centimètre, avec une soie large, il est plutôt destiné à la défense ou au combat au corps à corps. Il se porte en principe à la ceinture. Les photographies ou les croquis d’archives coloniales montrent souvent des personnages de l’époque précoloniale qui sont dans des postures guerrières avec ce type de poignard (A. Mbério et P. Vidal, 1990 : 22 ; Y. Boulvert, 1989 : 37). De nos jours, nous pouvons encore voir des poignards de ce type fabriqués par les forgerons en activité.
Un pédoncule nécessite généralement une poignée. Il existe dans cette spécificité des poignards dont la poignée est en bois, en lanières de fibres végétales ou de cuir, en fil de métal (C. Chavent, 2001 : 54).
La sagaie, armement de jet, est le prototype d’arme permettant d’attaquer, de surprendre son adversaire ou sa proie à une courte distance. Si elle ne peut concurrencer l’arc et la flèche pour la distance, elle est le plus souvent le centre de l’armement des populations anciennes (R. Lanfranchi, 1990 : 414).
Nous distinguons deux (2) types de lames de sagaie dans cette collection, l’une petite lame de 12 cm qui est peut être destinée à la petite chasse et l’autre de grande taille (22 cm) serait certainement dévolue à la grande chasse ou aux actions guerrières.
Les lames de sagaie de Pendèrè-Senguè ont la particularité de ne pas posséder de douille, sinon une soie. Elles s’emmancheraient donc dans une hampe de bois qui est préalablement fendue. Une ligature serait faite sur le bois pour que le fer ne se détache pas lors de l’utilisation. Ce procédé d’emmanchement est encore d’usage dans les ethnies du sud-ouest de la Centrafrique (Mpiémon, Mbati, Bambèzèlè…) aussi bien que la lame à douille.
La hampe de la sagaie est souvent longue en général, l’extrémité opposée de la lame est pourvue d’un pédoncule qui empêche le manche de bois de s’user quand l’utilisateur la met au sol pour s’y appuyer. Cet usage est encore répandu en République Centrafricaine de nos jours.
La possession d’un armement métallique est certainement un atout pour les populations de Pendèrè-Senguè. Il permet non seulement de se défendre mais autorise aussi la conquête d’espaces territoriaux convoités (B. Martinelli, 2002, information orale). Ce qui peut aboutir à une phase hégémonique de cette population sur ses voisins. Les raisons d’une convoitise d’espace sont le plus souvent l’accès à une voie de communication permettant les échanges, le contrôle d’un terrain de chasse, d’une mine de fer, d’un terroir agricole …
 
V.2.2 - Les outils agricoles
Si les outils agricoles ne sont pas nombreux dans la collection des objets recueillis. Nous pouvons retenir la houe et la hache. L’agriculture a été pratiquée par les habitants de Pendèrè-Senguè.
La houe est l’instrument le plus utilisé dans l’agriculture africaine dans la période préhistorique. Depuis le néolithique, voire un peu plus tôt, on observe déjà la présence de cet outil dans la panoplie des instruments agricoles (R. Lanfranchi, 1991 : 160). Elle permet de remuer le sol à de faibles profondeurs pour assurer sa friabilité et l’occupation par la plante.
La hache (en pierre) est aussi présente à partir du néolithique et même à la fin des âges de la pierre en Afrique centrale occidentale (R. Asombang, 1991 : 100 ; R. Lanfranchi, 1990 : 412). Elle permet d’abattre les arbres et de les fendre, surtout dans un contexte forestier comme dans le cas présent. Ce qui offre la possibilité de préparer une parcelle cultivable, de récolter le miel comme chez les pygmées. La houe et la hache en pierre ont joué ce rôle important dans la production agricole pendant le néolithique (R. Lanfranchi, 1991 : 160). Un peu plus tard, l’agriculture à l’âge des métaux, en zone de forêt, permet l’intensification de la production des plantes comme le palmier à huile (Elaïs guinensis), l’igname (Discorea spp)… (J. Vansina, 1992 : 105).
Une observation faite à Bayanga, ville au sud-ouest de la République Centrafricaine, nous laisse croire qu’une lame de hache en fer et à pédoncule peut facilement se transformer en herminette selon les exigences de l’usage. Ainsi, un sculpteur sur bois possédant une lame similaire à celle de Pendèrè-Senguè, tourne la lame selon qu’il équarrit la bille de bois à sculpter ou qu’il racle un détail en creux de son œuvre. Cet usage permet de penser que ces types de lames ont pu servir à la fabrication des embarcations telles que la pirogue. Selon A. Gallay (1992 : 263), ‘’l’introduction d’un moyen de locomotion améliorant l’autonomie de l’homme peut bouleverser considérablement le schéma (contact intercommunautaire, nous soulignons). On pensera notamment à l’utilisation de la pirogue le long des voies fluviales’’. L’Oubangui et ses affluents comme la M’Poko se prêtent bien à une telle exploitation. Pour les périodes récentes, la pirogue a été un moyen important de locomotion dans la zone de Bangui et même les explorateurs européens en ont usés (P. Kalck, 1974 : 61). L’utilisation de la pirogue dans les temps anciens est hautement envisageable.
En revanche, un outil permet l’acquisition du minerai qui est transformé en métal pour les habitants de Pendèrè-Senguè.

2.3 – La barre de fer spatulée
La barre de fer spatulée a morphologiquement toutes les caractéristiques d’une classe fonctionnelle minière. C’est la première fois en Centrafrique qu’un outil de ce type est retrouvé en contexte archéologique. Sa présence pose un certain nombre de questions.
- Est-il moderne ?
- Sert-il à exploiter une mine et quel type de mine nécessiterai un tel outil ?
- Quelles autres relatives à sa fonctionnalité ?
A la première question, la réponse se trouverait dans les artefacts recueillis au Point II, Secteur 2. Cette barre de fer spatulée a la même patine et le même degré d’oxydation que l’ensemble des pièces métalliques trouvées sur le site. Il est pour le moment inapproprié de la soustraire de l’ensemble des pièces. Une analyse métallographique pourrait seule permettre la différenciation.
Toutefois, la multiplicité des ateliers de réduction recensés dans la zone de Bangui autorise à affirmer qu’un travail intense de métallurgie du fer s’est effectué dans le passé. Il serait donc important de situer l’instrument dans le temps pour discerner son importance. De plus, la comparaison de cette pièce avec des objets modernes semblables montre un type inusité de nos jours.
Cependant, en examinant les instruments utilisés de nos jours, pour creuser une fosse quelconque à Pendèrè-Senguè, la pointe d’une barre à mine moderne ou d’une pioche est vite en mauvais état de par la dureté des cuirasses.
La deuxième réflexion peut avoir une ébauche de réponse par l'examen de la spatule à tranchant transversal. Nous remarquons une ligne de décollement de deux feuilles de métal. Ce qui suppose que le forgeron a soudé des feuilles de métal. Ce qui donne un aperçu de la haute technicité à laquelle sont parvenus les forgerons de cette époque, voire la quantité de réserves en fer de l’atelier. Il faut disposer d’une grande quantité de métal et de qualité différente pour en mettre autant dans un seul outil.
Ce qui suppose que le fabricant de la barre de fer de Pendèrè-Senguè a pu prendre des précautions pour confectionner cet outil qui serait à la base de l’acquisition de la matière première indispensable à cette industrie. Evoquons ici le cas où les tranchants de la barre à mine sont pourvus d’une soudure en acier. Les collecteurs de minerai ont donc eu un instrument techniquement judicieux pendant les travaux de collecte du minerai. Le cas des objets archéologiques ayant plusieurs types de métal est démontré pour qu’on s’intéresse à un tel aspect dans l’analyse (F. Yandia, 1994 : 433 ; de Maret, 2002 : 126; B. Martinelli, 2002 : 171).
Le minerai est certainement issu des cuirasses latéritiques qui affleurent dans la zone étudiée, nous l’avons signalé plus haut. Selon Y. Boulvert (1983 : 105) qui a étudié la teneur en fer des cuirasses centrafricaines, affirme ‘’qu’un essai de cartographie automatique des résultats d’analyses de 430 cuirasses centrafricaines a montré qu’au sud d’une ligne Gamboula-Yalinga, les cuirasses renfermaient plus de 40 % de Fe2°3 tandis qu’au nord, elles n’en contenaient que 20 à 30 % en moyenne’’.
La zone de Bangui se situe effectivement dans la partie dont les cuirasses ont une forte teneur en fer. Celles du lieu dit Pendèrè-Senguè sont au bas de la colline de Kaga-Mangoulou. La présence de ces cuirasses bouleverse même les habitants actuels du quartier Gobongo (Gobongo signifie ‘’cuirasse des hyènes’’ en Mandja) qui ne peuvent pas pratiquer l’agriculture urbaine et la moindre excavation se heurte très souvent à cette barrière naturelle.
Le minerai de la fonderie de Pendèrè-Senguè peut être extrait de la carrière avec cette barre spatulée. Cet outil de 9 kg est non seulement indiqué pour de tels travaux mais surtout dans le cas des mines à ciel ouvert mais aussi à galeries et à front de taille. En revanche, le poids de l’instrument est assez important et pourrait être un élément limitatif pour cet usage.
Toutefois, il est probable qu’une mine à galerie et à front de taille a existé dans le voisinage du site. Il est difficile de la reconnaître de nos jours à cause de l’occupation moderne des lieux. La dureté de la cuirasse latéritique et le travail qui devait s’en suivre demandaient des instruments appropriés pour son exécution. L’usage de la barre de fer spatulée pourrait se justifier ainsi.
Par contre, il est aussi possible que cette barre de fer soit une réserve de métal pour les métallurgistes. La fonctionnalité de l’instrument est dans ce cas mineure et l’usage dans un cadre purement monétaire ou symbolique est à envisagé. Ce qui est plus que conjecturel dans l’état actuel de l’analyse.

V.2.4 - Les parures
Trois (3) types de parures se remarquent dans la collection : anneaux, bracelets et collier. Malheureusement, la forte oxydation de ceux-ci ne permet pas encore de savoir s’ils sont décorés ou pas. A par une ou deux pièces ouvertes, cette corrosion empêche de voir s’ils sont ouverts ou fermés. La quasi-totalité est à section circulaire, sauf le grand collier et quelques fragments métalliques qui sont à section rectangulaire.
Le premier qui est de taille modeste (2 cm de diamètre) et non fermé serait certainement un anneau d’oreille. En République Centrafricaine, les fouilles de sépultures n’ont encore mis en évidence l’utilisation de cet objet comme parure à une époque ancienne. A moins que l’échantillon ne serve de monnaie traditionnelle. Il semble peu probable qu’une pièce avec de telles mensurations serve à un autre usage principal que la parure.
Des photos d’archives précoloniales révèlent l’utilisation de parures similaires. De nos jours, des vieilles personnes nées vers les années trente portent encore cet ornement ou, pour ceux qui l’ont perdu, le trou dans le lobe de l’oreille.
Le groupe d’anneaux ayant un diamètre de quatre (4) centimètres peut rentrer dans la première catégorie, surtout pour le port à l’oreille. L’usage sur de petits poignets comme ceux des enfants est aussi possible.
Par contre, le bracelet (demi-cercle) peut être un anneau de cheville. Cette coutume était encore en vigueur dans un passé récent dans certaines ethnies de la Centrafrique telles que les Mondjombo, Mbati, etc. Les images de l’époque précoloniale en font largement état (A. M. Vergiat, 1981 :11 ; G. de Banville, 1995 : 18).
Dans cette même catégorie, le bracelet spiralé qui est une parure destinée au mollet ou à l’avant-bras sont légèrement coniques (G de. Banville, 1995 :19). Selon la destination du port, la forme est en général cylindrique mais avec des variantes d’ouverture des extrémités ; large ou rétrécie. Il peut se présenter dans différents métaux comme le laiton, le cuivre ou le fer. De tels objets en fer similaire se trouvent exposés dans les vitrines du Musée B. Boganda à Bangui.
D’après le RP. G de. Banville que cite G. Bruel, les bracelets spiralés sont en usage pendant la période précoloniale, dans toute la vallée de l’Oubangui à partir d’Impfondo au Congo jusqu’à Bangui. Le port de bracelet est un signe d’aisance sociale. Certaines personnes, selon ce même auteur, portent jusqu’à dix (10) kilogrammes de métal. Ce qui est une marque de réussite sociale.
Nous pouvons augurer au moins les éléments spécifiques de l’esthétique des habitants de Pendèrè-Senguè. Les objets organiques tels que les vêtements en écorces, feuilles de plantes ou en peaux de bêtes n’ont pas pu traverser le temps. La présence de l’ocre rouge en association avec le grand collier et les différents anneaux du Point III, attestent que cette population s’enduisait le corps en rouge, certainement en faisant une sorte de pommade à laquelle l’huile de palme a pu être incorporée. Les divers anneaux seraient selon le rang social, portés à l’oreille, au cou, à l’avant-bras, à la cheville. Somme toute, une tenue assez clinquante et pesante.
Par ailleurs, le site de Pendèrè-Senguè est inclus dans environnement naturel, social et spatial. Le remettre dans ce contexte permettrait de le cerner pour l’essentiel.

V.3 – LE CONTEXTE ENVIRONNEMENTAL DE LA PALEOMETALLURGIE DE PENDERE-SENGUE

Les procédés de l’acquisition du métal ferreux, les produits manufacturés et les activités qui en résultent s’intègrent dans un environnement social local, voire régional. Autrement dit, il s’agit de déterminer la synergie entre les aires d’activités des ateliers, entre ateliers ; quelques comportements socioculturels et aussi l’implication des résultats du site dans les données paléométallurgiques de la zone forestière de la République Centrafricaine.

V.3.1 – Aperçu spatial des aires d’activités du Point II
L’observation des aires d’activités du site de Pendèrè-Senguè permet de faire une analyse spatiale des secteurs du Point II. La première considération est que le Secteur 1 est une forge où l’épuration de la loupe se fait encore avant l’élaboration des pièces. Dans le même atelier, se conçoit certainement de la céramique.
Aux abords de cet atelier se trouve entreposé le tas de charbon de bois qui est un élément fondamental de la métallurgie du fer. Le charbon de bois, agent thermique, se combine avec le fer pour donner de l’acier ou de la fonte (F. Fluzin, 2002 : 59). La position de ce dépôt de charbon de bois entre les deux secteurs d’activités montre la chaîne d’opérations qui se font entre les deux ateliers. L’agent thermique qu’est le charbon nécessite un point stratégique dans le dispositif de la chaîne opératoire. Chaque atelier peut, selon le besoin se pourvoir en charbon mis en un endroit stratégique de l’espace (cf. figure n° 7). Les essences qui ont servi à l’obtention du combustible proviendraient des environs des ateliers.
En effet, dans la forêt dense, les essences végétales utilisées dans la réduction du minerai de fer sont : Entandrophragma angolensis ou E. cylindricum, Distemonethus baillon, Boscia augustifolia, Anogeissus lieocarpus, Mussanga cecropioïdes, Ceiba pentendra,Triplochyton sclorexylon … (J-M. Essomba, 1992 : 87 ; cf. végétation : 18). Le rendement calorifique de ces agents thermiques est de l’ordre de 4770 kcal/kg dans les conditions expérimentales. Tandis que le charbon de bois serait dans le même contexte de 7500 kcal/kg (J-M. Essomba, 1992 : 86). Ces arbres existent comme des reliques de la forêt à Bangui ou dans la sylve dégradée des environs. Ils auraient pu être employés à Pendèrè-Senguè.
Remarquons que les ateliers sont localisés en un même endroit. La chaîne opératoire se présente depuis le prétraitement du minerai, la réduction, le cinglage, la forge, voire la consommation de la production du fer. Pendèrè-Senguè est l’exemple d’une communauté de métallurgistes assez spécialisés, montrant un faciès ‘’préindustriel’’ probable que nous pouvons nommer ‘’complexe sidérurgique de Pendèrè-Senguè’’. Sa situation au bord d’un cours d’eau et au pied d’une colline n’est certainement pas le fait du hasard. C’est une des voies d’investigation à creuser.
Toutefois, l’association en contexte des produits manufacturés exige une attention particulière que l’analyse suivante essaiera de déterminer.
 
V.3.2 - Le dépôt cultuel ou de stockage
Le Point III est quelque peu particulier dans la chaîne opératoire métallurgique de Pendèrè-Senguè. Il offre des pots en céramiques contenant des objets manufacturés en fer ou ceux-ci seuls.
Ce Point est certainement un dépôt. La disposition des artefacts comme les pots contenant des anneaux de différentes tailles et la panoplie d’outils usuels permettent de l’affirmer.
La présence de ces objets en un seul endroit pose quelques questions de fond. Est-ce une sépulture ? Les données infirment cette hypothèse car nous n’avons retrouvé ni ossements, ni trace d’excavation pouvant suggérer l’existence d’une tombe. Est-ce un dépôt ? La réponse affirmative est plus indiquée. La connexion des pièces à la première strate artificielle donne une disposition où la barre spatulée et le bracelet spiralé balisent les plus petites pièces métalliques. Entre les deux, des lames se rapportant soit à l’agriculture soit à la chasse ou aux activités quotidiennes. Sous l’une des extrémités de la barre spatulée et à la seconde strate artificielle, se remarque le grand collier en association avec diverses lames.
Il y a quatre (4) pots en céramiques qui contiennent tous des objets métalliques, particulièrement des anneaux. La disposition en triangle et leur contenu admettent d’évoquer un dépôt.
En effet, pris dans sa totalité, l’association des objets du Point III confirme un dépôt sans perturbation ayant certainement eu un usage déterminé. Selon J. Garanger (1992 : 245), il faut ‘’tenter de retrouver la logique de la structuration des dépôts en considérant les comportements des hommes qui ont domestiqué leur espace’’. A ce niveau, deux hypothèses s’offrent à nous : entrepôt de thésaurisation ou dépôt cultuel ?
Dans le premier cas, l’usage traditionnel de conserver des objets de valeur dans un trou est encore en usage chez les populations de la République Centrafricaine. Mais, l’absence de trace d’excavation ne nous permet pas de l’affirmer et il faut souligner que les différents objets sont distribués sur plus de 20 m². Ce ne serait donc pas une thésaurisation d’objets de valeur.
La seconde hypothèse serait plus appropriée car chaque corps de métier dans la société africaine traditionnelle est soumis à un culte et aux rituels qui s’y associent.
La quasi totalité des pièces métalliques manufacturées proviennent de ce dépôt : les armes, les parures, les outils agricoles ou miniers et diverses autres pièces de même facture. Il nous semble inapproprié qu’un dépôt de ce genre soit uniquement le fait du hasard. D’après J. Guilaine (1989 : 26), des ‘’ informations sont à tirer des dépôts d’objets usuels ou de valeur qui constituent dans tous les cas, une forme de capitalisation dont on cherchera l’explication : mise en lieu sûr, offrande, abandon volontaire, thésaurisation par les puissants, enfouissement dans les tombes des élites, les sépultures étant par essence le conservatoire d’objets d’exception’’.
En ce qui concerne le cas de Pendèrè-Senguè, il serait judicieux de penser que le dépôt est votif, c’est à dire une offrande dans un lieu de culte. De tels lieux ont existé pendant la période précoloniale et cette existence doit certainement tirer sa substance des croyances et mythes ancestraux des populations centrafricaines. Dans le Centrafrique profond, malgré l’influence des religions monothéistes, des pratiques rituelles continuent d’être observées dans tous les corps de métiers.
Le symbolisme lié à la pratique métallurgique ne laisse certes pas de trace archéologique mais peut être appréhendé par les études in situ et in vivo effectuées de nos jours (H. Bocoum, 2002 : 93) et par la tradition orale. Élément important de la chaîne opératoire, il a été étudié en République Centrafrique par plusieurs auteurs (P. Vidal, 1982 ; Y. Monino, 1983 ; F. Yandia, 1994 ; S. Gotilogué, 1996 ; D. Féikéram, 1996).
Dans ces sociétés patrilinéaires et exogames, le statut de chef est reconnu le plus souvent à ‘’l’aîné’’ mâle. C’est lui qui tient la direction politique et religieuse de la communauté. Il crée souvent pour ce faire un lieu de culte permettant à la communauté de faire des rituels appropriés à des occasions ponctuelles, parfois cycliques.
Le culte est rendu le plus souvent aux esprits des ancêtres, aux phénomènes de la nature. Ce culte teinté de magie, de médecine et de religion permet de gérer les affaires relatives au bon déroulement des activités de la communauté.
Des objets usuels tels les lames de sagaies, de couteaux, le grand collier, les anneaux divers, le bracelet spiralé ont été remarqués en usage chez les populations de la zone de Bangui dans un passé récent. Le musée B. Boganda en recèle dans sa collection. Il est fort probable que l’usage esthétique a traversé le temps pour parvenir à notre époque. Ces objets ont pu faire partie des offrandes dans des rituels anciens.
Les buts de ces offrandes seraient les prémices ou l’exorcisme permettant le bon déroulement des opérations sidérurgiques. La barre spatulée serait peut-être au centre du culte car à la base de l’obtention du minerai, point de départ de l’acquisition du fer. Propos assez conjecturel qui gagnerait à être creusé davantage. Les autres pièces peuvent rentrer dans les cultes des différents dieux comme celui de l’agriculture, la forge, l’esthétique, l’amour et plus loin la réussite sociale.
Une production métallurgique aussi variée ne peut-elle pas permettre des échanges dans l’espace mitoyen ?
 
V.3.3 - Les échanges
Le caractère monétaire du fer est connu de toutes les sociétés africaines au sud du sahara. Les groupes ethniques maîtrisant la métallurgie du fer sont pourvoyeuses d’autres qui ne connaissent pas cette technologie. Ce qui crée un réseau d’échanges avec le fer sous toutes formes comme étalon monétaire (G de. Banville, 1995 : 24).
Toutefois certaines pièces métalliques sont au centre de cette valeur monétaire et servent souvent de monnaie de dot comme le ‘’Mpèli’’ chez le groupe Mpiémon, le ‘’Mboli’’ chez les Gbaya ou le ‘’Nguinza’’ chez les Gbandi, le ‘’Ngapo’’ chez les Banda (P. Kalck, 1974). En effet, le fer avait une grande importance dans la vie économique et sociale des populations ; d’où la nécessité de s’en procurer. Les échanges entre communautés sont en principe le moyen approprié pour obtenir le fer ou les techniques de son acquisition.
Dans la zone de Bangui, l’Oubangui aurait servi à ces échanges qui ont débuté depuis une période plus ancienne à l’âge du fer. R. Lanfranchi (1991 : 160) affirme en évoquant le néolithique que ‘’les sites de cet ensemble culturel étalés le long de l’Oubangui entre 2140 et 1570 BP et les villes de Mbandaka (Zaïre) et de Bangui (Centrafrique) suggèrent fortement que des réseaux d’échanges fluviaux devaient certainement exister dès cette époque dans et à travers la forêt, peut-être sont-ils la préfiguration des réseaux d’échanges et des marchés que l’on connaîtra à l’Age du fer Récent au long des grands fleuves de la forêt équatoriale’’.
Les études sur les échanges des siècles derniers donnent un aperçu des relations ‘’commerciales’’ existant dans la boucle de l’Oubangui ayant comme étalon monétaire le fer (S. Bahuchet, 1989 : 35 ; P. Kalck, 1974 : 63 ; cf. le réseau hydrographique : 18). Comme tous les groupes ne maîtrisant pas le savoir-faire métallurgique (Ngbaka en Lobaye), le ravitaillement en métal ne peut provenir que d’échanges. Les groupes pourvoyeurs sont à la lisière forestière (Boffi, Gbaya) et les Monzombo qui occupent de nos jours les rives de l’Oubangui en aval du coude de l’Oubangui, connaissent le travail du fer. Ils sont même en contact avec les populations riveraines du Congo qui exercent le commerce Atlantique.
D’après S. Bahuchet (1986 : 36), à l’époque précoloniale, le fer circulait sous forme de lingot ou de boule sphérique avant d’être transformé en objets finis par les forgerons. Ces derniers recherchaient le métal auprès de des réducteurs pour le transformer en produit de consommation selon le désir du client. Des échanges se faisaient entre les populations productrices ou non de métal brut.
Quant au site Pendèrè-Senguè, la pièce qui a pu servir de monnaie de dot est le grand collier. Selon nos informateurs (A. Don-Ding, R. Mamba, Maurice Liki, tous chefs de service au Musée B. Boganda), le collier serait une monnaie de dot.
En effet, il est invraisemblable qu’un tel collier puisse servir de parure, ne fusse que son poids et sa rigidité. Il serait encore difficile à la vue de l’objet, de penser pouvoir le glisser sur une partie d’un corps humain. Son rôle comme monnaie de dot est plus acceptable car non seulement la tradition orale le rapporte mais aussi, les études historiques en font mention (S. Gotilogué, 1996 : 19 ; D. Féïkéram, 2004, information orale). Il faut aussi signifier que les objets en fer qui servaient de monnaie traditionnelle de dot sont de forme différente les uns des autres.
Le mariage implique deux familles, deux communautés. Dans les sociétés centrafricaines précoloniales, le mode est au lévirat, au sororat, au rapt, au consensus ou à l’échange des sœurs entre deux familles. Dans ce cas, des biens sont octroyés à la famille de l’épousée et comprennent divers biens, y compris des objets en fer, telles que les barres, les lames de haches, de sagaies, de houes, des bracelets, des flèches, etc. Le fer est donc ici au centre d’échanges intercommunautaires. Mais dans un contexte archéologique, toutes ces hypothèses ne sont qu’à titre indicatif.
Cependant, pour une époque aussi reculée que le IVe siècle, les échanges impliquant le fer, en dehors du mariage, peuvent englober d’autres activités comme le troc.
Lorsqu'on étudie les sites de la même époque à la périphérie de Bangui tel que Batalimo, les pièces métalliques (bracelets, anneaux, lames de hache et de sagaies) sont de même facture que celles de Pendèrè-Senguè. Un contact ancien peut être auguré ; d’ailleurs, les deux sites sont chronologiquement contemporains. L'Oubangui et la M'Poko seraient les voies d'échanges commerciaux. Il ne faut pas non plus exclure la possibilité d'une piste piétonne reliant les deux communautés préhistoriques (Y. Boulvert, 1989 : 9).
Signalons que Bangui fait partie de la zone forestière qui s’étend jusqu’à la frontière camerounaise à l’ouest et à la frontière congolaise au sud. Dans une autre activité de l’auteur dans la région de la Sangha, des anciennes pistes à travers forêt relient la ville Centrafricaine de Nola à celle Moloundou au Cameroun (Est). Ces pistes sont connues des pygmées, des chasseurs et de certains villageois qui l’empruntent souvent pour vendre leurs produits aux ouvriers des entreprises forestières périphériques de Moloundou. Les derniers évènements politico-militaires de Bangui ont occasionné le déplacement des populations fuyant les troubles pour se réfugier à Mongoumba au sud. Et pour ce déplacement, ils ont utilisé des anciennes pistes piétonnes séculaires que l’ouverture des routes carrossables a mis en désuétude. Ces pistes ont pu servir dans un passé reculé pour ces échanges.
 
V.3.4 – Les datations de Pendèrè-Senguè
Les deux analyses au radiocarbone donnent de précieuses indications non seulement par rapport à la chronologie de l'occupation du site de Pendèrè-Senguè mais aussi, au contexte chronologique des sites paléométallurgiques du sud de la République Centrafricaine.
Chronologiquement, le site de Pendèrè-Senguè est du IVe au VIe siècle de notre ère. Le décalage qui s'observe entre les dates du Point I et II Secteur 1 s'expliquerait par l'exploitation de l'espace géré par la communauté de métallurgistes à différentes circonstances de l'exploitation du site. Il est possible, dans la configuration du Point II que toute la chaîne opératoire, depuis la réduction au forgeage, soit concentrée en un seul endroit. La seule opération absente à ce lieu, est la réduction. Il se pourrait que la suite des recherches puisse le révélé un jour.
Notons que les datations des Points I et II se recoupent parfaitement. Elles donnent une fourchette chronologique de deux siècles pendant laquelle cette communauté a produit du fer. Pour mieux connaître la succession temporelle de ce site, d’autres analyses radiométriques doivent être effectuées.
A l’échelle de la région de Bangui, d’autres sites ne sont pas encore fouillés, ni datés. Une séquence culturelle d’une profondeur chronologique de plusieurs siècles est envisageable. Toutefois, dans l’état actuel des recherches, Pendèrè-Senguè peut être intégré dans les données paléométallurgiques de la zone forestière de la République Centrafricaine.
A titre de rappel, et dans l’état des connaissances actuelles, la région de Batalimo a consommé le fer autour du VIe alors que Bangui le produisait déjà depuis deux siècles. La provenance de ce fer est à rechercher. Les ateliers paléométallurgiques de Bangui peuvent bien être cette source d’approvisionnement. Mais par manque d’éléments concrets, cette hypothèse gagnerait à être creusé.
Si l’approvisionnement de Batalimo est encore conjecturel, celui de la l’acquisition de la technologie du fer reste aussi entier. Comment les métallurgistes de Pendèrè-Senguè ont-ils appris à produire du fer ? La réponse dépendrait des recherches futures.
Cependant, les nouvelles données de l’Age du fer en Afrique permettent de penser que la métallurgie du fer est, non seulement ancienne en Afrique subsaharienne mais qu'elle aurait plusieurs lieux d'invention (H.Bocoum, 2002 : 93-103 ; P. Fluzin, 2002 : 61 ; L-M. Maes-Diop, 2002 : 189-193).
En Afrique centrale occidentale, chronologiquement les sites paléométallurgiques d'Oliga au Cameroun qui date du XIIIe siècle avant notre ère, de Gbabiri dans la zone mégalithique de Bouar qui est du IXe siècle BC (H. Bocoum, 2002 ; J-M. Essomba, 1991) sont pour le moment, les plus anciens de la région. Une transmission de cette technologie de proche en proche vers l’Ouest de la République Centrafricaine à partir du Cameroun est-elle possible ? Certains chercheurs le pensent fortement.

Conclusion

Au terme de cette étude, il faut faire la somme des indications apportées par l’examen des vestiges de Pendèrè-Senguè.
Le premier élément à retenir est que la métallurgie du fer est effective à Bangui à une époque ancienne dans cette région. La période du IVe au VIe siècle demeure la plus haute dans la zone, mieux, contemporaine de Batalimo qui, lui est néolithique (?). A Pendèrè-Senguè, les vestiges de la chaîne opératoire s’étalent et se concentrent le long de la berge d’un ruisseau sur 250 m de long. Ce qui répond à la question de départ sur la production du fer, le discernement de la chaîne opératoire métallurgique et de ses dispositifs techniques.
Deuxièmement, il serait important de retenir les particularités des dispositifs techniques en usage dans les ateliers métallurgiques à cette période. Il est hautement probable qu’au moins trois (3) types de fourneaux ont été utilisés comme l’indique le Point I. L’un des fourneaux est de petites dimensions, de part la tentative de reconstitution effectuée. Il serait probablement ventilé par des soufflets. Au point de vue fonctionnel, il peut servir à réduire le minerai de fer ou à l’affinage de la loupe. Le deuxième et le troisième seraient certainement en fosse. Les différentes scories dont la morphologie a été analysée le suggèrent fortement.
Si nous parlons de four à réduction, le minerai est un prélude à toute extraction de métal. Celui en usage sur le site de Pendèrè-Senguè serait de la cuirasse latéritique et il en existe dans le secteur immédiat des ateliers de réduction. Les opérations de prétraitement de celui-ci (concassage et grillage) sont décelées pendant les analyses. L’atelier de concassage et de grillage a servi aussi de lieu de cinglage.
Le cinglage est une opération importante dans la chaîne opératoire sidérurgique. Ici, il s’est pratiqué dans un foyer dont des fragments ainsi que les scories spécifiques à cette étape des opérations attestent de l’effectivité de l’opération. Cette action technique prépare la loupe pour la forge qui jouxte l’atelier d’affinage.
La forge est le lieu où le produit fini est mis en forme. L’aire d’activité de cette forge permet de percevoir les différentes étapes de la mise en forme des objets manufacturés en plus des autres opérations de dégrossissage de la loupe. L’identification de la forge s’est doublée de la perception des aires d’activité dans l’atelier. En plus, une technique de forgeage a pu être reconnue. C’est la soudure des feuilles métalliques dans l’élaboration exclusive des lames métalliques.
Troisièmement, l’aire de la forge peut être mis en relation avec l’atelier de cinglage et de grillage de minerai, mais aussi, le dépôt cultuel ou de stockage des produits finis. Cette dernière aire permet non seulement d'identifier une grande proportion des pièces métalliques usuelles (lames de poignard, de hache, de houe, barre spatulée, anneaux et bracelets…) mais aussi de reconstituer à partir de ceux-ci, par induction certains comportements sociaux (accoutrement, pratiques matrimoniale, agricole, l’armement).
Par ailleurs, les différents ateliers identifiés sur le site donnent un aperçu général sur la gestion de l’espace intra-atelier et inter-ateliers. La chaîne opératoire de la métallurgie à Pendèrè-Senguè se distribue sur moins de 250 m de long sur une berge de cours d’eau. Ce qui apparaît comme un complexe de production minimisant l’effritement des efforts pendant la pratique des opérations d’obtention du fer.
La recherche archéologique entreprise dans la zone de Bangui a donné des résultats importants dans la connaissance de la paléométallurgie de la République Centrafricaine. Au point de vue méthodologique, le procédé utilisé a donné certainement des résultats tangibles. L’examen des vestiges a permis d’entrevoir dans les grandes lignes la chaîne opératoire de la sidérurgie de Pendèrè-Senguè. Il y a donc eu ‘’du minerai au métal ferreux’’ à Pendèrè-Senguè.
Il est à noter que l’identification morphologique des scories post-opérations dans la sidérurgie est une approche qui pourrait à la longue permettre une typologie exhaustive de ces déchets paléométallurgiques. Les fouilles de Pendèrè-Senguè ne sont qu’à leurs débuts. Des recherches à venir pourront donner d’autres éléments de réponses aux questions non résolues pour le moment. Les explications doivent s'appuyer sur des analyses sédimentologiques, palynologiques, archéométriques, ethnoarchéologiques…, qui n’ont pu être utilisées dans ce travail.


Bibliograohie

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Sites web :

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NDANGA Alfred Jean-Paul ,
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